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Hier soir je suis allée au vernissage de l’exposition « Fais un effort pour te souvenir. Ou, à défaut, invente. » à la galerie Béton Salon, une galerie située sur le campus Paris VII près de la Grande Bibliothèque. J’étais bien motivée, notamment parce que je m’intéresse depuis quelques temps à Gloria Anzaldúa, une auteur chicana morte en 2004 et qui s’intéressait à la spiritualité et dont la grand-mère était une curandera, une guérisseuse traditionnelle. Gloria faisait pas mal référence à la métisse cosmique, à sa dévotion pour la Virgen de Guadalupe, aux divinités toltèques, de même qu’aux orishás Yoruba des eaux, Yemayá (pour la grossesse) et Oshún (pour la beauté). Dans ses derniers écrits, elle a développé un concept qui m’a bien intéressée, celui des nepantleras. Ce qu’il m’a plu là-dedans, c’est que les nepantleras sont des chamanes modernes, elles sont là pour combler le gouffre entre les peuples autochtones et chicana/os. Les nepantleras sont des êtres suprêmes qui traversent la frontière, qui agissent comme intermédiaires entre les cultures et les différentes versions de la réalité. Les nepantleras contournent les binarités polarisantes et possèdent le don de vision. Elles opèrent à la frontières des langues (espagnol, anglais et nahuatl) et des territoires (Mexique Texas). En ce sens j’ai tendance à me dire qu’elles sont un peu comme les berdaches où les anciennes chamanes, des agents de réveil, qui inspirent et stimulent les autres à une conscience plus profonde, un plus grand conocimiento, une plus grande plénitude de l’être.

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Bref, je me suis quand même forcée à aller là-bas… Bueno, j’ai pas été déçue, excellente exposition, j’ai vraiment adoré Renée Green aussi. Je ne connaissais pas. Il y avait des gens vraiment emballés au vernissage, le public était hétéroclite, ça fait du bien. Il y avait des gouines, des pd, mais pas vu de trans. Il y avait quand même quelques étudiants en art ou dandys arty parisiens habituels, le genre dévorés d’ambition et qui viennent là parce qu’il faut se montrer, mais qui au final sont dans la gêne ou le déni, de ceux qui disent au bar “on a pas vraiment regardé” et qui se mettent à parler de l’espace, de l’aménagement du quartier, qui évitent comme ça de creuser le thème ou la question du corps. Mais bon, il faisait vraiment très froid, et en plus le bar était à l’extérieur, et ce ne sont pas les petits fours pâtissiers, la bière ou le vin qui m’ont fait tenir très longtemps. D’autant que j’essaye de m’en tenir au sans alcool avec tous les médicaments que je prends et ce que m’a dit Laurent. Et puis j’avais vraiment envie de continuer à creuser mon expérience à Bugarach.

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Bref, je reprends donc. Je suis arrivée dans la région de Bugarach le 18 décembre. Je voulais y être avant la fermeture de la zone par les services de la préfecture, ne sachant pas ce qu’il allait réellement se passer. Ma copine Lluïsa m’avait expliquée que nous serions logées dans un corps de ferme entre Rennes-les-Bains et Sougraigne qu’ils avaient loué il y a déjà longtemps via quelques réseaux catalans qu’il fallait mieux garder secrets. Elle est venue me chercher à la gare de Perpignan dans la soirée et m’a expliquée durant le trajet que j’étais la première mais que nous allions être un petit groupe de cinq ou six personnes. Elle me dit que c’était mieux comme ça, que si nous rencontrions d’autres personnes nous pourrions peut-être les inviter, mais qu’il fallait faire très attention parce que les services étaient tout de même sur les dents et que les médias étaient partout en quête de potentiels groupes sectaires. Elle m’expliqua aussi que nous n’irions pas en groupe au village de Bugarach parce que c’était se jeter littéralement dans la gueule du loup. Elle m’expliqua que plein de télévisions sont déjà là avec leurs camions satellites et qu’ils n’attendent que ça, des groupes sectaires, mais qu’en même temps ils ne quitteront pas le village parce qu’ils savent bien qu’il faudrait vraiment être cons pour aller donner à manger à la Miviludes et aux services. C’est un peu le folklore et les politiques qui les intéressent au final. Lluïsa me dit aussi que les renseignements généraux seront tout de même nombreux dans le secteur vues toutes les théories délirantes qui ont été évoquées par le maire où pilotées par les groupes maçonniques d’état derrière cette opération. J’ai commenté que j’avais lu qu’à Rennes-les-Bains il y avait eu des réunions publiques de ras-le-bol général, surtout après que ce con de maire ait parlé d’une possibilité d’un loup solitaire, pas meilleur moyen de les attirer ! Oui a fait Lluïsa, ils vont quand même être à fond et on peut imaginer de vrais-faux illuminés intermittents du spectacle ou des situations bien pires, rappelle-toi Merah ou Tarnac… Sur le moment j’ai pas trouvé ça vraiment rassurant…

Mais bon, on est passé à nos histoires et Lluïsa m’a demandé si j’avais ramené de la drogue. Je lui ai dit que j’avais du MDMA, elle m’a dit c’est bien, je crois pas que les autres en ramènent, il nous faudra toute la gamme, cela dépendra comment les rituels évolueront.

Nous sommes arrivés au corps de ferme, il faisait moins froid que ce que j’aurai pensé. Ce soir-là on s’est fait une petite soirée tranquille de chéries. C’était vraiment mignon, on était contentes de se retrouver.

Le lendemain, j’avais rendez-vous avec mon homonyme Chus Martínez de l’Association des Astronautes Autonomes. J’étais tombé sur leur newsletter et j’avais été intriguée par le fait qu’il porte le même patronyme que moi, alors je l’avais contacté. Chus m’avait écrit des choses assez décousues sur la question du voyage spatial par la magie sexuelle, sur les astronautes, William Burroughs, j’avais pas bien compris, ça faisait pas trop sens, ça avait l’air potache. On s’était tout de même donner rendez-vous sur place. Au Relais de Bugarach sur les coups de 14h m’avait dit Chus. On prendra un café sur place histoire de voir l’ambiance et après on verra.

Lluïsa m’a lâchée à l’entrée de Bugarach, j’ai remonté la rue principale et l’ambiance correspondait effectivement à ce qu’elle m’avait décrit. Des camions satellites sur le bas-côté, des journalistes du monde entier avec des caméras, des micros perches, des sacs-à-dos bien remplis, se filmant entre eux, cherchant des choses à se mettre sous la dent. J’ai bien ris intérieurement en entendant les commentaires d’un anglais qui parlait montagne cosmique à des journalistes avec son bel accent, tout ça en installant des toilettes sèches à deux pas de la mairie. L’ambiance étaient vraiment bizarre, tout le monde se regardait comme si chacun était potentiellement aussi fou que son voisin. Je suis passée au niveau d’un parking presse et là c’était vraiment le délire. On avait l’impression que François Hollande était dans les parages. A défaut de Hollande il y a avait un type qui disait se prénommer Sylvain, le genre hippie dégarni, habillé en pancho orange et jaune, avec sa flute de pan et qui parlait de sa conviction à être le Christ Cosmique, de son don d’ubiquité, etc. Il y avait tellement de journalistes autour de lui que j’ai pensé à ce que me disait Lluïsa sur les intermittents du spectacle. J’ai continué à monter la rue et je suis arrivée à hauteur du Relais de Bugarach. Là il y avait quelques camions de gens au profil plutôt écoles d’art, des français, des belges, des allemands, plutôt des beaux et des belles d’ailleurs. Je suis descendue en contrebas au Relais et j’ai tout de suite retrouvé Chus qui m’attendait sous un barnum installé devant. Je l’ai reconnu au sac-à-dos vert qu’il m’avait indiqué. Il me fit l’impression d’être un garçon pas spécialement aventureux, plutôt pas moche mais avec un petit air dépressif, au profil un peu slave mais au physique pas très sportif non plus pour un astronaute, au style un peu passe-partout dans cette ambiance de journalistes, avec sa parka, son sac de randonnée, ses lunettes d’intello. Chus ? Oui, enchanté, Chus, me dit-il en souriant. Je me suis installée sur le banc en bois, il m’a dit que le café était hors de prix ici, deux euros cinquante, que le type du relais faisait bien son beurre. Je suis tout de même aller commander. Il y avait du monde à l’intérieur, des journalistes évidemment, des jeunes aussi, des gens que j’avais déjà vu à la télévision, des worldenders comme dit CNN, dont le fameux Ludovic, celui qui se prend pour un ange. Je l’ai un peu écouté du coup, il racontait à un autre qu’il avait tenté de s’infiltrer le matin vers la montagne mais que les gendarmes l’avait trouvé, qu’il essayerai à nouveau le lendemain ou le surlendemain. C’est une femme qui me servit mon café, une sorte de Cathy Guetta des années 80 à la retraite, la femme du fameux Patrice Etienne, avec qui elle tient le relais. Pendant qu’elle me servait mon café elle parlait à trois ou quatre personnes en même temps, quasiment à la cantonade ou dans le vide, elle parlait des ovnis, qu’elle en avait vus, qu’ils avaient des vidéos, que vous les cinéastes vous devriez revenir, ou en parler à des gens qui ont des caméras de haute précision, parce que ça se passe très vite, qu’on voit qu’au ralenti, que ça se passe en une demi seconde… J’ai pensé oui oui, la fameuse demi seconde perceptuelle, entre extérieur et intérieur… Bref… J’ai pris mon café et j’ai rejoint Chus sur la terrasse.

Chus a commencé à me raconter que ces deux là avaient largement contribué à la construction du mythe de la montagne cosmique, que lui était un ancien producteur d’événementiels parisiens et qu’il avait certainement bien travaillé sur la toile pour répandre l’histoire du 21 décembre à Bugarach.

Je lui ai demandé si je pouvais enregistrer notre conversation. Il m’a dit en souriant, pas de problème, je fais de même. Mais on va bouger d’ici, je préfère m’a-t-il dit, trop d’oreilles, trop de micros justement, on a qu’à remonter vers le petit lac qui se trouve au-dessus, en direction du pic, c’est pas loin, de l’autre côté il y a des pentes herbeuses, nous serons tranquilles. J’ai avalé mon café et nous sommes partis.

Une fois de l’autre côté, on s’est trouvé un coin tranquille, un peu au-dessus de la maison de la randonnée, où l’on pouvait voir le quartier général de la préfecture et des médias.

Bon, j’arrête là pour aujourd’hui. J’ai passé pas mal de temps à transcrire mais je n’ai pas fini. Promis demain je vous passe l’essentiel de notre conversation.

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