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ChusMorgue

Ici c’est la catastrophe. C’est peut-être mon dernier post. Je vais devoir disparaître. Je vous écris d’une cafétéria cyber, quelque part dans la campagne autrichienne. Je ne vous dirai pas l’endroit exact, ils pourraient me retrouver. Les choses ont pris maintenant une toute autre dimension. Je vais vous écrire cela, mais je ne sais pas si je vais parvenir à leur échapper. J’ai peur. Tout le monde doit savoir.

Je vous avais raconté que je commençais à trouver vraiment curieux le comportement des gens de la clinique, celui de Jean-Michel en particulier. Et puis, du jour au lendemain, tout s’est précipité. Ils ont trouvé mon blog, ils ne savaient pas qu’il existait. Je ne vous dit pas comment ils ont réagi… Cela a été radical.

Donc, la nuit dernière, un groupe de femmes a fait irruption dans ma chambre. Elles étaient trois, assez jeunes, vingt-cinq ans peut-être. Elles portaient des blouses blanches, mais n’avaient pourtant pas vraiment l’air d’être des infirmières. Je me souviens parfaitement avoir immédiatement pensé cela une fois habituée à la lumière. Elles avaient un air vraiment particulier, un regard et un teint de ces jeunes femmes déjà usées par la prostitution ou la pornographie. J’ai appris à reconnaître cela au fil du temps, de mes expériences. Je voyais vite le regard particulier des personnes dans une spirale addictive de sexe tarifé. Et puis je crois que c’est leur posture corporelle qui m’a alerté, j’ai regardé leurs pieds, elle étaient nues sous leurs blouses, l’une d’elle portait des talons aiguilles.

Elles ont allumé la lumière, cela m’a réveillé soudainement, j’étais éblouie. Elles ont échangé deux trois mots rapides, c’était du grec il me semble. Profitant que j’étais à demi assoupie, deux d’entre elles se sont jetées sur moi immédiatement pour me tenir les bras, les tirer en arrière. Dans un mouvement très rapide, la troisième est montée debout sur le lit, me figeant le thorax avec l’aiguille de son escarpin entre les deux seins. Elle appuya fortement, cela me fit terriblement mal. Je remuais les jambes, elle sortit une cravache de derrière son dos et les fouetta violemment. Je ne parvenais pas à bouger, prise au piège. « Don’t move old bitch » me dit en anglais la grande maigre qui me surplombait. Ses avant-bras étaient parsemés de cicatrices, de brûlures, comme si elle se mutilait. Dans sa blouse sa poitrine était parfaite, elle semblait avoir reçu des implants mammaires. Je me rendais compte aussi qu’elles portaient toutes un drôle de tatouage sur le poignet. Un symbole qui faisait penser à un quelconque ordre nazi. La dominatrice prit la parole : « C’est ça, tu as compris, maintenant terminé de jouer, nous sommes là pour te soumettre, que tu le veuilles où non. La magie noire de tes amis n’a fonctionné qu’en partie, ils sont bien contents de faire appel à nous maintenant, nous, les sœurs dominatrices de l’Aryan Sisterhood. Tu vas voir maintenant ce qu’est une vraie femme européenne de la plus pure race » Elle appuya encore très fortement avec son talon sur ma poitrine, il était tellement fin et acéré qu’il aurait pu pénétrer jusqu’à mon cœur. Les autres ont commencé à m’attacher les poignets aux barreaux du lit. Une fois l’opération faite, la dominatrice s’est retournée et s’est assise sur mon visage. Elle ne portait pas de culotte, j’avais le nez dans la raie de son cul mais c’était extrêmement désagréable, elle remuait sans cesse, j’étouffais, j’étais dans l’emprise contrainte, elle fouettait violemment mes pieds avec sa cravache. Elle semblait prendre du plaisir à cela. « Tu aimes cela hein ? » disait-elle. Les autres gardaient le silence. Elles m’ont écarté les jambes, commencé à les attacher, je craignais pour mon bébé. « Ce n’est pas ton bébé, que ce soit bien clair, c’est le bébé de la communauté, nous avons d’autres projets en ce qui le concerne ». C’était clair, avec Jean-Michel qui m’avait affirmé que mon bébé était le métamorphe qu’ils attendaient, tout devenait évident… La dominatrice s’était retournée et était maintenant assise sur mon thorax, le pubis contre mon menton, m’enserrant le coup avec ses jambes. Elle me mit un bâillon-boule dans la bouche et continua à parler tout en remuant de manière incessante, me tenant aux limites de l’étouffement, une situation plus que désagréable.

« Écoute moi bien Chus Martinez, nous vomissons les utopistes alter et mondialistes mixophiles et toute l’engeance que tu soutiens. Nous allons gouverner le monde par la force, ainsi que sait le faire toute véritable aryenne : par la pression des cuisses. Nous nous glisserons dans les lits des pathétiques « décideurs » de l’Occident moribond et c’est comme cela que nous ferons aboutir une vraie Realpolitik, en soumettant ces abrutis à notre domination sacrée. Nous sommes l’avenir de l’Europe ! Nous nous fichons éperdument de ceux qui nous calomnient et nous ne leur répondons pas car nos pensées sont ailleurs : elles volent vers des mondes lointains, éloignés des contingences politiques ; elles sont tournées vers l’Histoire, la redécouverte de la tradition primordiale de la Femme européenne, pour laquelle et autour de laquelle nous élaborons une philosophie cohérente.

Tu t’intéresses à la métaphysique grecque ? Toi qui te targues d’avoir beaucoup lu, souviens toi que Plutarque explique que les pythagoriciens affirmaient que le carré réunissait les puissances d’Aphrodite, d’Hestia, de Déméter et d’Héra. Elles sont l’eau, le feu, la terre et l’air, et la réunion des ces quatre déesses symbolisait la synthèse des quatre éléments primordiaux. De là vient l’expression « partie carrée » que nous utilisons comme forme de sexualité de groupe que nous pratiquons chaque fois que nous nous retrouvons. Aujourd’hui tu seras notre quatrième. Sais-tu que dans nos rituels de sexualité sacrée nous changeons de partenaire pour exprimer l’impermanence des choses, rendant cette fois hommage à Héraclite. Notre bisexualité est une façon de renforcer les liens nous unissant en revisitant charnellement la tradition philosophique hellénistique. D’ailleurs les divinités primordiales étant incréées, elles étaient donc bisexuelles puisque n’ayant pas besoin d’engendrer.

Comme j’essayais encore de me débattre, elle me baffa et reprit : toi la matrice, tu le sais parfaitement, les plus récentes découvertes de la biologie indiquent aujourd’hui que l’être humain ne naît jamais totalement polarisé dans son sexe. Et spirituellement, c’est une loi fondamentale de la création que chaque être humain est à la fois mâle et femelle dans son esprit. Mais pour nous et nos frères aryens de la Golden Dawn, il s’agit de l’anima et l’animus de Jung, pas de toutes tes salades de genre. Freud, ce juif, ramenait tout l’éros à la sexualité ; Jung, qui était aryen, donc d’un intellect plus délié, moins monobasique, pensait que l’éros n’est pas que la sexualité, mais qu’elle lui donnait un sens. Et les conscients de l’homme ou de la femme sont différents et laissent déceler une indubitable complémentarité entre les deux : le conscient de l’homme est plutôt caractérisé par une nature discriminative et cognitive que Jung appelle logos, alors que celui de la femme se distingue par une nature liante, une aptitude à la relation, l’éros. Logos et éros, comme outils conceptuels, décrivent simplement le fait que chez l’homme, la fonction de relation, l’éros, est moins développée que le logos, et inversement, chez la femme, c’est le logos, la fonction cognitive et discriminatoire, qui est moins épanouie que son éros. Et c’est à travers cette dialectique d’éros et de logos, du dionysiaque et de l’apollinien, que surgit le spécifique humain.

Il en est de même pour les régimes politiques. Le logos seul aboutit à des régimes technocratiques déshumanisés, régis par le rationalisme inhumain d’un capitalisme exacerbé ou d’un fanatisme religieux où l’érotisme ne peut plus se manifester que sous la forme de transes mystiques ou d’une frénésie de compétition professionnelle. L’éros seul conduit à l’anomie populacière de la griserie par les doctrines égalitaristes chrétiennes, franc-maçonnes ou communistes, avec son cortège de destructions culturelles et de massacres humains, et le logos ne peut s’y établir comme contre-pouvoir que par une brutalité et une cruauté plus grande encore. La définition de l’érotisme se trouve au cœur de la tribologie entre désir et raison, alors tu vois bien que le fascisme est le seul régime politique érotique au monde. Un national-socialisme scientifique et raciste allie la précision et la rigueur de la science et du progrès technique, à l’amour charnel de sa terre et de ses coutumes. L’éros y devient ce qui donne forme et direction aux contenus pulsionnels, l’affirmation d’une race en tant que telle et indépendamment de sa valeur. L’appartenance à une race fait qu’une chose se produit non pas parce qu’on le veut, mais parce qu’on est contraint de le vouloir de par son inconscient collectif, cette mémoire de la race transmise génétiquement. Le fascisme réalise l’équilibre parfait entre éros et logos car étant le seul régime politique à pouvoir faire l’harmonie entre instincts traditionnels et pulsions novatrices, entre intelligences individuelles et raison collective, entre rationnel productif et irrationnel artistique. Mais il s’agit d’un équilibre dynamique, culturellement fécond : le fascisme est l’outil juste pour l’action car il unit ces deux principes sur lesquels il repose. Voulus antagonistes par le capitalisme et diffamés par le marxisme, ces deux principes sont tenus par le fascisme comme fondamentalement complémentaires, comme le sont l’homme et la femme. Et c’est de leurs interpénétration, au propre comme au figuré, que se fait la perpétuation d’un peuple et donc son histoire. Voilà pourquoi le fascisme est la forme de gouvernement idéale des races européennes, et le seul régime politique érotique. Et la beauté d’une race n’est-elle jamais mieux exprimée que par l’érotisme de ses femmes ?»

Au moment où je ne voyais vraiment plus d’issue, contrainte d’écouter cette pensée de la détestation, un bruit énorme de coup de feu a retenti dans le couloir. Puis des bruits d’objets renversés et un deuxième coup. Et là Alenka a fait irruption dans la chambre, un revolver à la main. Elle maintenait en joue la dominatrice de la Sisterhood. « Descend de là » a-t-elle dit. Mettez-vous contre le mur. Elle a regardé rapidement vers le couloir, elle était très nerveuse, elle tremblait. Les trois nazis se sont mises contre le mur, Alenka m’a enlevé le bâillon, a défait un des liens qui me retenait les mains, puis a reculé à nouveau, maintenant toujours en joue les trois sœurs aryennes. Je me suis détachée les membres, je suis descendue du lit. Heureusement que j’avais fait ces exercices cachés, que je m’étais forcée à conserver de la tonicité dans mes jambes. « Prends vite quelques affaires, on s’en va, je n’ai pas le temps de t’expliquer, mais ce qui est sur c’est qu’ils ne comptent pas te garder en vie, ils vont t’éventrer d’ici peu et ce n’est pas ce qui était prévu à l’origine ». J’ai ouvert l’armoire, rempli un sac en quatrième vitesse avec ce qui me tombait sous la main. Je me suis baissée pour attraper des chaussures qui se trouvaient dans le bas de la penderie. Une des sœurs a shooté dans la porte, je me la suis prise dans la tête, Alenka a tiré, la balle lui a traversé le crâne. Dans la confusion, j’ai tiré mes chaussures et mon sac vers la porte de sortie, mais les deux autres se sont jetées sur Alenka, lui saisissant le poignet, pointant l’arme vers le plafond. Un coup est partie, une balle a traversé la main de la dominatrice qui s’est mise à hurler de douleur. Elles sont tombées toutes les trois au sol, toujours à se battre autour de l’arme. Je ne savais plus quoi faire, mais comme j’avais peur pour le bébé, j’ai fini par me ruer vers le couloir, abandonnant Alenka dans son corps à corps. Alors que je fonçais dans les couloirs, cherchant la sortie, j’ai entendu un autre coup de feu. J’ai ouvert une porte, cherchant éventuellement une autre voie, cela donnait sur une étrange salle obstétrique, peinte au noir et rouge, et avec la chaise médicale placée sur une sorte d’autel. Tout un tas d’outils équipait la chaise, je crus reconnaître une poire d’angoisse. Je suis ressortie, je ne pouvais pas trainer là, j’ai continué dans le couloir, je suis passée près du corps d’un gardien au sol. Ce n’était pas Jean-Michel. J’étais terrifiée, mais étonnamment, il ne semblait y avoir personne d’autre. Je trouvais enfin une porte de sortie de secours et je l’ouvris les mains tremblantes. Alors que je sortais par la porte un autre coup a sifflé et explosé une vitre de pièce attenante au couloir, s’effondrant en milliers de morceaux. J’ai couru aussi vite que j’ai pu dans le parc, fonçant dans le noir, cherchant le portail d’entrée. J’ai fini par l’atteindre, mais il était fermé. Heureusement à droite le muret était plus bas, à seulement un peu plus d’un mètre. J’ai balancé mon sac par dessus et je l’ai enjambé comme je pouvais. Une fois sur la route, je ne sais pas trop vers où aller. Je décidais de foncer directement à travers le sou-bois se trouvant en face de la clinique.

Je me suis forcée à courir pendant longtemps, sans me retourner. Il m’a semblé que l’on me suivait, mais je n’étais pas sûre. Au bout d’un moment le terrain a commencé à descendre, j’ai continué sur un rythme plus lent, descendant comme ça des pentes herbeuses, en faisant attention de ne pas tomber. Je ne savais même pas quelle heure il était, mais au bout d’un moment, alors que j’arrivais vers la vallée, le jour a commencé à se lever. J’ai aperçu un village et je m’y suis dirigée. J’étais épuisée, mon ventre me faisait mal. Je me suis arrêtée cinq minutes au bord d’une rivière pour me laver le visage, les mains, reprendre mes esprits. J’ai un peu regardé ce que j’avais pris avec moi, dans la confusion j’avais tout de même réussi à embarquer mon sac à main avec mes papiers, mon téléphone, mes médicaments, de l’argent. J’ai enfilé quelques vêtements propres.

Je me suis ensuite engagée dans le village. Il y avait une auberge tabac à l’entrée. Par chance une voiture s’est arrêtée et un type en est sorti visiblement pour aller s’acheter des cigarettes en laissant le moteur tourner. Je n’ai pas réfléchi longtemps, je suis montée dans la voiture et j’ai démarré en trombe. Je me suis alors dit qu’il fallait que je prenne la direction de la frontière autrichienne, pour échapper aux nazis, mais aussi à la police slovène qui risquait de vouloir trouver la voiture. J’ai roulé comme ça une demie heure peut-être, en direction d’un col. J’ai passé la frontière sans problème, puis une dizaine de minutes plus tard je me suis arrêtée dans un chemin de montagne complètement perdu, histoire de faire l’inventaire de ce qu’il y avait dans la voiture. J’ai ouvert le coffre et y ai trouvé des équipements de chasse, une paire de bottes, des couteaux, un fusil. Avec la ceinture de cartouches. Tout ce qu’il faut. J’ai enfilé la veste de chasse (je n’avais pas pris de manteau) puis me suis accordée une sieste, j’étais épuisée. Au réveil je me suis vissée la casquette du type sur la tête et suis repartie. J’ai encore roulé une demi-heure, jusqu’à trouver cette cafétéria. Voilà. J’ai vraiment peur de ce qui peut se passer ensuite. Et Alenka ? Dois-je me résoudre à l’idée qu’elle n’a pas pu s’en sortir ?… Je lui ai envoyé un sms, on ne sait jamais…

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