Home

1001145_616534551700893_752330659_n

Hecho… J’ai mon bébé. C’est un garçon. Il est là, en moi, dans mon ventre. Toujours sous assistance opératoire, mais bien là. Il bouge… je le sens bouger, c’est incroyable. Je suis fatiguée aussi, épuisée même. Avec la médication que je prends, ce n’est pas étonnant. J’ai trois catétères, un au bras, deux autres au niveau de l’aine. Je ne mange quasiment pas, ils m’ont donné aujourd’hui un peu de compote, de riz, sinon je ne bois que de l’eau. Je dors beaucoup. Mais il n’y a que cela à faire. Il faut que la transplantation prenne au mieux.

L’opération a eu lieu samedi dernier. Ils m’ont amené à la clinique la veille, je me suis installée, j’ai signé les décharges, ils m’ont tout de suite donner des cachets à prendre… toute une gamme de cachets… Avec les hormones, la méthadone et tous les produits qu’ils m’ont ajouté, j’ai sombré dans le sommeil assez vite. J’étais encore dans le coton le lendemain, à peine une journée que j’étais là et je me suis retrouvée sur la table d’opération, anesthésie générale, un long long voyage…

La clinique est calme, je suis seule dans ma chambre. Je n’ai pas vraiment mal. Je ne sens pas grand chose à vrai dire. La campagne dehors est belle, cette région verte de moyenne montagne me calme. Le bâtiment ressemble à un de ces vieux hôtels particuliers de style austro-hongrois, mais transpercé par une architecture d’hôpital ultra épurée et moderne, une œuvre d’art en soi. Comme si le bâtiment avait été laissé à l’abandon, puis bien plus tard assaini et rendu à sa plus simple expression, brute, pour enfin être traversé de part en part par une structure de métal et de verre. Certains éléments sortent d’anciennes fenêtres de grandes tailles, des poutres métalliques percent les murs quand ceux-ci n’ont pas été carrément tombés et c’est comme si la structure contemporaine avait littéralement poussé à l’intérieur de l’ancienne, tel un cristal en expansion… Les blocs et chambres sont comme des alvéoles hermétiques, blanches immaculées et reliées entre elles par des corridors s’entrecroisant à l’intérieur de ce squelette raffiné. La nuit, les éclairages me donnent une impression quasi-métabolique, comme si les éclairages artificiels étaient conçus pour avoir une influence bénéfique sur nos rythmes biologiques…

Il n’y a pas beaucoup de monde. Quand je regarde par la fenêtre je vois quelques patients profiter des bancs et des chemins de gravier qui percent les courbes des pelouses. Certaines poussent des landaux, d’autres sont en fauteuils, d’autres encore sont visiblement en « famille ». Les couloirs sont silencieux, il y a un espace « bien-être » près de la petite cafétéria, je n’ai pas encore pu le visiter. Les infirmiers et infirmières sont doux, mais peu bavards. Mais Alenka est là, près de moi. Elle m’a accompagné depuis l’hôtel, elle passe beaucoup de temps à mon chevet. Nous avons peu parlé, je n’étais pas très en état.

Marko vient aussi me voir. Quand je l’ai vu le jour de mon réveil, il avait un grand sourire aux lèvres. Il avait l’air heureux et excité. L’opération est un succès, c’est une grande avancée médicale ! M’a-t-il dit. Toutes les analyses sont optimales. Le bébé va bien, pour le moment tu ne fais pas de rejet. Il m’a dit de prendre beaucoup de repos et expliqué à peu près ce que je dois savoir, ou ce que je peux comprendre. Ton bébé a six mois. Il a été transplanté à l’intérieur de sa poche amniotique directement dans ton abdomen. L’amnios est une annexe embryonnaire, il est fabriqué à partir de l’ectoderme et du mésoderme de l’embryon. Si tu veux, ton bébé est comme né prématuré, mais est resté à l’intérieur de son amnios. Comme il a six mois il est déjà en capacité complète de son développement, mais en préservant l’amnios il est possible pour nous de le transplanter. Par contre le placenta est en temps normal d’origine fœto-maternelle, tu as donc été implantée d’un tout nouveau système prosthétique de notre conception, placenta et cordon. Ton bébé se nourrit de toi, mais pour le moment nous conservons aussi une source externe pour les nutriments et le dioxygène, comme pour l’évacuation des déchets métaboliques. Bref, c’est plutôt complexe pour te l’expliquer en détails maintenant, mais tu vas pouvoir porter ton bébé trois mois. L’accouchement se fera ici bien évidemment. Tu dois rester sous surveillance constante. Si tout se passe bien tu pourras sortir un peu, éventuellement prendre un temps dans un contexte non-hospitalier d’ici un mois, mais accompagnée bien sûr.

Incredible… J’ai un petit garçon déjà formé dans mon ventre. J’ai du volume, c’est fou. Ma peau est tendue, je n’aurai jamais imaginé que cela aurait pu se faire comme cela, du jour au lendemain. Ils m’ont fait des ponctions de graisse apparemment. Avec le poids que j’avais pris ce n’était pas du luxe… La première cicatrice n’est pas trop grande, une quinzaine de centimètres, sous mon pubis, on dirait une césarienne. La deuxième se situe sur mon flanc droit, quelques centimètres. Apparemment l’opération a été longue de quelques heures, mon abdomen a été préparé.

Je me demande ce qu’est devenue la mère porteuse… On a du lui faire une césarienne, cela doit être étrange pour elle. J’ai posé la question à Alenka, elle m’a dit qu’elle ne savait pas le destinataire de l’enfant, mais qu’elle était consentante, que c’était contractuel. Elle ne m’a pas trop donné de détails sur l’identité, elle ne peut pas, juste dit qu’elle était très jeune et que c’était mieux pour elle… Et Alenka m’a annoncé une belle nouvelle, Jean-Michel va venir me voir, il viendra cet été, pendant ses vacances, assez vite en juillet sans doute. Je suis tellement contente qu’il vienne m’accompagner dans cette incroyable période… Mon bébé naîtra en septembre…

Publicités