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La question fondamentale que pose l’ontologie est la suivante : « Qu’existe-t-il ? » Créer des réalités ontologiques, diviser et regrouper les entités existantes en des catégories avec gestion d’accès réservé aux membres, constitue un modèle de réalité virtuelle de contrôle symbolique. L’épistémologie ou théorie du savoir, ne fait pas le poids face à l’ontologie, la théorie de l’être et des propriétés de l’existence. Les intérêts du pouvoir s’expriment à travers des entités orchestrées dans un domaine de l’être ontologique à la structure stratifiée complexe.

L’horreur est une menace provenant d’entités qui se perdent dans les failles des catégories épistémologiques et ontologiques. C’est le fait de se retrouver à la merci d’un impitoyable et vaste appareil de forces cosmiques, de ressentir cette inexplicable terreur à couper le souffle qu’inspirent des pouvoirs inconnus appartenant à d’autres sphères d’existence dont nous ne savons rien et où nous n’avons pas notre place. L’humanisme a remplacé la théologie par le pouvoir humain de la raison. On se rend compte à présent que ce concept, qui avait rencontré un véritable succès, n’est pas vraiment adéquat. Contre les vagues de réalisme cynique et de désillusion sophistiquée, des souvenirs cauchemardesques sont tapis au fond des esprits, menaçant et attendant leur heure, telle une trace laissée par des formes et des entités extérieures à la limite de l’univers connu. On associe le caractère irrationnel de l’idéologie totalitaire d’extrême-droite, dans le contexte de ses impulsions antimodernes, aux dislocations sociales intervenant dans le processus de modernisation politique et économique lancé par les Lumières européennes. Basé sur le fantasme d’un retour aux traditions primitives et à la nature sacrée de l’autorité régalienne, le domaine de l’essence est alors conçu comme étant supérieur au domaine du devenir. Même si la « révolte de l’irrationnel » est un appel traditionnel du fascisme et si une méfiance envers la raison et la glorification de l’obéissance aveugle conduisent à d’étranges idées, c’est une erreur que d’écarter tout ceci en réaction à la modernité et au matérialisme scientifique. Les fascistes et l’extrême droite nient catégoriquement l’existence de la liberté mais s’accrochent à l’ordre illusoire et à l’ontologie arbitraire des hiérarchies. Le racisme et « la pensée biologique » constituent une tentative désespérée visant à déterminé la matérialité de la vie comme fondement des lois, une tentative illusoire de trouver une orientation dans une politique du sang, de la terre et de la fabrication génétique comme destinée immanente.

Les démocraties consuméristes postmodernistes divorcent du désir de mort et de la nostalgie de la mortalité, mais les cauchemars emplis d’horreurs innommables reviennent pour se venger. Les cultures qui incluent le monstrueux dans leurs domaines imaginaires, du fait qu’elles aient nommé et fixé de telles entités dans leur système symbolique, semblent moins exposées aux invasions des horreurs indescriptibles que les cultures qui n’osent pas fouler le chemin de l’irrationnel. L’idolâtrie primitive n’est pas superflue, c’est une façon de comprendre le monde qui intègre l’irrationnel et accepte l’horreur d’un monde qui dépasse les humains – un monde qu’une raison aux capacités limitées ne peut saisir. L’esthétique des mystères sombres et grandioses permet à l’esprit d’accéder aux mondes sublimes de l’inconnu. Mais l’horreur n’est pas seulement une émotion des rencontres esthétiques résultat d’une réponse à une possible monstruosité. Elle s’origine dans une expérience ontologique fondamentale. Il ne s’agit pas d’une défaillance : c’est une caractéristique du fait d’être vivant dans ce monde.

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