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Deller

Je vous fait un petit compte-rendu de notre visite à la Biennale, ce n’est pas que cela m’excite plus que cela, je n’ai jamais été très vernissage, mais bon, il s’est tout de même passé des choses ce soir-là.

Donc Alenka et moi sommes arrivées à Venise et bien évidemment, après le check-in à l’hôtel, a elle voulu passer tout de suite au pavillon slovène. Des amis à elle y seraient, elle voulait leur dire bonjour. Pendant qu’elle faisait ses mondanités j’ai fait le tour de l’expo « For Our Economy and Culture » de Jasmina Cibic. La première impression est une ambiance assez chic, mais on prend vite conscience qu’elle a couvert tout l’intérieur du pavillon slovène avec du papier peint imprimé d’images d’un coléoptère nommé d’après Hitler, l’Anophthalmus Hitleri. De loin, le papier peint apparaît élégant, de près, les murs ressemblent à un essaim psychédélique de vermine. Le dossier de l’expo nous raconte qu’en 1937, l’entomologiste amateur slovène Oskar Šajbl, et évidemment grand admirateur de Hitler, avaient donné le nom Anophthalmus Hitleri à l’insecte endémique qu’il avait découvert dans une grotte en 1933. Jasmina Cibic fait donc une référence directe à cette gaffe nationale unique de la Slovénie et à son passé nationaliste, à une période où utiliser le nom « Hitler » n’était pas considéré comme une faute de goût. Cibic veut donc cibler la notion contradictoire et paradoxale de l’artiste représentant la nation, ou plus précisément, mettre en question certains aspects paradoxaux de la politique identitaire, le rapport entre le nom propre de l’artiste et la représentation nationale. L’artiste nationale est donc un « échantillon » isolé et exposé dans le cadre d’une exposition internationale contemporaine, la Biennale de Venise, l’un des derniers vestiges des structures d’exposition traditionnelles basées sur la sélection et la représentation nationale…

Cibic

Alenka m’a récupérée, elle voulait qu’on aille au pavillon macédonien. Là, Elpida Hadzi-Vasileva proposait une installation Silentio Pathologia assez incroyablement répugnante. Nous sommes entrées dans un labyrinthe fait de 700 rats albinos morts, écorchés et cousues ensemble par l’artiste elle-même. C’était déjà assez stupéfiant, et comme le couloir se rétrécissait, nous nous faisions accrocher par les griffes délicates des rats, pouvions observer leurs orbites vides au plus près. Au centre des rats vivants observaient leurs compagnons abattus. Une torture, apparemment un commentaire sur la migration de la maladie… Bon, l’installation était majestueuse et répulsive à la fois, j’étais un peu décontenancée… Alenka me dit, tu sais, encore aujourd’hui ce n’est pas facile de représenter les Balkans dans une biennale subventionnée… puis, allez, viens, ça suffit pour le moment…

close-up

On est parti vers Cannaregio, puis on s’est posée pour prendre un spritz sur le Fondamente Nove… Ça faisait du bien de prendre le vent, de voir la lagune un peu animée avec les hors-bords qui foncent et leurs vagues qui viennent se fracasser sur le quai… Notre conversation a pris la forme d’une question autour de l’intérêt ou non pour les artistes de participer à une manifestation comme la Biennale. Je lui ai dit que personnellement j’étais plutôt circonspecte et que les réseaux alternatifs de l’art m’intéressaient plus, et que justement si l’on voulait résister à la zombification… Alenka était sure d’elle, elle m’a tout de suite répondu en substance que l’art que nous connaissons aujourd’hui a fait son apparition avec la hausse de la production industrielle et de l’idéologie bourgeoise, et que donc, la production économique et social des valeurs de l’art a dépendu de diverses institutions, y compris des établissements d’enseignement, des universités, des académies et des formes de patronage, de l’état aux consommateurs individuels, des publics, des critiques, des éditeurs, des galeries, des entreprises de médias, et ainsi de suite… Alors tu sais, les techniques d’anti-zombification ne changent pas tellement ces aspects de la production sociale de l’art… Ok, elles fournissent un ensemble de solutions de rechange dans un processus de différenciation, mais l’activisme anarchiste de l’art d’aujourd’hui est en ce sens tout à fait similaire dans son idéologie et son modus operandi à la création d’une sphère d’autonomie culturelle bohème au 19ème siècle. Bien sûr, dans l’art activiste d’aujourd’hui, le développement d’un champ de l’autonomie esthétique sert de rempart à l’utilitarisme bourgeois et au matérialisme brut, mais souvent une bonne partie de l’activisme de l’art est orienté vers un réformisme moral plutôt que vers une révolution culturelle. L’activisme en réseau est une bohème transnationale contemporaine qui est souvent en proie à l’histoire des avant-gardes « historiques » institutionnalisées… C’est marrant qu’à l’Ouest on se laisse encore balader par des points de vue pareils… En France vous parlez pourtant souvent des bobos non ?… Viens, on va aller grignoter quelques poissons au Paradiso Perduto…

Nous nous sommes installées à la Misericordia et elle a continué. Tu as entendu l’histoire de l’artiste anglais Jeremy Deller qui a retiré une banderole et des affiches comportant les mots « Prince Harry Kills Me » du pavillon britannique ? Il l’a fait suite à une demande du British Council. Au départ l’affiche devait faire le lien entre les différentes sections de l’exposition, elle évoquait le rôle joué par le Prince Harry quand il était sous les drapeaux en Afghanistan. Deller n’est pas allé contre ses institutions, et a fait valoir qu’à un certain niveau le slogan pourrait être interprété comme signifiant simplement que le prince Harry est drôle. Il a esquivé en disant qu’en fonction de votre position sur la monarchie il serait aussi bien possible de penser que le prince Harry est quelqu’un de bien. Je trouve sa défense un peu pathétique et certainement pas représentative de son travail qui n’est clairement pas animé par l’amour de la famille royale. Et puis alors, tu vois, son installation s’appelle pourtant « English Magic » et il montre une réaction instinctive contre l’oppression de classe, les inégalités et la guerre. On y voit même un géant William Morris lançant le yacht de l’oligarque russe Roman Abramovich dans la lagune de Venise. Dans une autre pièce, Deller vise l’évasion fiscale et les arrangements fiscaux offshore des riches britanniques dans les îles anglo-normandes. Deller montre les contribuables britanniques mettant le feu à Jersey et à la ville de Saint-Hélier, comme un saccage médiéval. Les britanniques sont obsédés avec leur magie noire… Mais en même temps, tu vois, on ne se sort pas du post-modernisme monumental…

Deller-British-pavilion

On avait fait que deux pavillons et j’avais déjà mon overdose… On a quand même poussé jusqu’au pavillon chilien. C’était la foule dans les ruelles, le délire même. Chez les chiliens c’était vodka Belvedere à flot, Alfredo Jaar, faisait valoir que, bien que 28 pays ont leurs propres pavillons nationaux à l’intérieur du Giardini, les 60 autres sont maintenus à l’extérieur. Le Chili, son pays, doit louer son pavillon. C’est pour cela que Jaar dit avoir créé une installation qui répond à cette situation d’exclusion politique. A l’intérieur d’un grand réservoir, un modèle exact, à petite échelle, de la Biennale, est noyé dans l’eau vert jade dégueulasse des canaux vénitiens. Bref, toujours ce carnaval des petites nations et grandes nations… Mais on était tout de même mieux dans la ville, hors des jardins… On a voulu suivre au concert de son fils, Nicolas Jaar, dans une cour d’un palais vénitien, mais c’était impossible d’y accéder, on est resté boire des bières à l’extérieur un bon moment. Mais une fois la nuit bien entamée, l’ivresse bien là, l’ambiance devenait tout de même oppressante, les téléphones portables n’arrêtaient pas de sonner, des jeunes d’écoles d’art surexcités partout, y’a une soirée Absolut vodka ici, les hongrois ont encore l’open bar ouvert, etc. etc. Impossible de retrouver du monde dans ce bordel m’a dit Alenka, maintenant faut des pass de toute façon… Et là elle m’a proposé d’aller au Piccolo Teatro delle Melodie Veneziane sur le Campo San Lorenzo… Je connaissais, j’étais contente ! On est arrivées l’ambiance était chaude. Il y avait un show lesbien sur scène, les filles se passaient des gods dans une belle chorégraphie. Évidemment il y avait plus de mecs et nous on se faisait mater grave. Alenka m’a dit, allez faut qu’on montre qu’on est lesbiennes, give me a kiss… J’ai exécuté aussitôt. Elle a commencé à me caresser un peu, doucement, comme une vraie copine, avec affection, on regardait le spectacle en même temps. Un mec est tout de même venu nous voir, un italien plutôt mignon, pas l’air méchant pour un sou, plutôt le style érotomane libéré de son couple. Il s’est assis avec nous et nous a demandé si on était là pour la Biennale… Tout le monde était bien ivre, voir drogué, c’était assez désinhibé tout ça. On a bu quelques bulles, une fille très jolie est venue voir si on voulait une danse privée. Alenka a fait oui, moi j’y vais… Moi ça m’intéressait pas, Mario (il s’appelait Mario) était bien mignon et je voulais en faire mon affaire… Alenka est donc partie avec la fille et rapidement Mario, qui décidément n’avait peur de rien, m’a roulé une grosse pelle… Un peu d’entreprise quelques minutes et je sentais déjà son sexe dur sous la toile de son jean… Il m’a proposé d’aller à son hôtel… On est sorti dehors mais je n’ai pas pu me retenir et au bout de 100 mètres j’avais déjà sa bite dans la main… On a continué comme ça à se tripoter, et puis on s’est quand même décidé à aller à sa piaule… Et là fiasco… Enfin faut que je vous raconte… Sur le chemin il m’a expliqué qu’il était logé dans un hôtel de curés, qu’il travaillait pour un truc catholique en off de la Biennale. Sur le moment j’ai pas fait attention, mais quand on est arrivé, et vu qu’il était tard, c’est un prêtre qui est venu nous ouvrir… Soit… on est monté, et à peine dans la chambre on a retourné la pièce… Mario était super chaud, on mettait la moitié des trucs par terre, il me prenait contre le mur, bien sauvagement, je hurlais, lui aussi poussait des râles puissants… Et là catastrophe, le curé rentre dans la chambre… Nous prend en pleine action, à moitié défringués, sa bite entre mes cuisses… Il s’excuse en disant qu’il croyait que nous étions enfermés et qu’on criait à l’aide, il ferme la porte, nous laisse… Mais bon, moi j’étais soulée… On a quand même fini ce qu’on avait à faire, enfin Mario, il a joui salement sur mon dos, et puis je me suis rhabillée, je lui ai dit ciao, et au petit matin j’étais dehors… Le prêtre m’a regardé au passage par dessus ses lunettes, sans aucun commentaire… Je suis allée jusqu’à l’hôtel, Alenka m’attendait, c’était bien, j’ai pu prolonger mon plaisir avec elle, elle avait eu la présence d’esprit d’amener quelques jouets…

Nous sommes finalement reparties le lendemain, il n’y avait plus rien d’intéressant pour nous à faire sur l’île…

piccoloteatro

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