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La nuit dernière, après une fin de journée dans les saunas et hammams de l’hôtel, je me suis endormie totalement délassée. Ce matin j’avais le souvenir prégnant d’un drôle de rêve. Je l’ai noté. Dans le rêve, je marche sur le bord d’un trottoir, des deux côtés c’est l’abîme, je me sens légère et sûre de moi, comme si tout autour était sécurisé, je suis l’équilibriste de la panique… Je suis un enfant, environ 8 ans, une petite fille en robe grise et sobre, mais, pas de doute, très élégante. Le vent fait bouger mes cheveux et menace mon équilibre, mais je n’ai pas peur, c’est frais et j’apprécie l’odeur de la vie dans ce souffle qui me touche avec distance. Je sais qu’il est pas vraiment là le vent, mais son image me suffit. J’ouvre mes yeux, l’un après l’autre, je vois ma mère, elle est jeune et belle et souriante. Elle porte un garçon dans son ventre. Ma vision est précise et concentrée, j’aperçois les couleurs et les détails comme l’unique spectateur des images originelles du monde, j’ai la sensation de pouvoir traverser la matière, de la posséder, de la comprendre. Ma mère a un regard magnifique, rempli d’abnégation, d’amour de mère, mais ce n’est pas à moi qu’il se dirige. Ma mère regarde son fils, maintenant il est dans ses bras, menaçant, monstrueux, difforme, faible, pleurnichard, insatiable… Il fait vieillir ma mère, elle a l’air méchante et fatiguée, triste, frustrée et indésirable… Je sens grandir en moi la haine et la jalousie, je déteste ma mère et son enfant. Je suis dans les bras de ma mère, je suis un vieux garçon dans les bras de ma mère. L’image du vent est disparu, il ne reste maintenant que la lourdeur d’un air empoissonné, solide, statique et irrespirable.

Maintenant je me trouve dans un pur faux décor digne du pire des téléfilms. Tout a l’air insipide, vide, décoloré. Les acteurs se décomposent dans leurs rôles minables, je connais d’avance les blagues, la fin et l’ensemble du scénario, je connais les discours périmés, je connais les conseils bienveillants, je connais la suite, je connais l’après suite… On a envie de tirer une sieste, de mater une série, de mater les 4 saisons complètes d’une série, de faire du plus banal, de manger un sandwich, de traverser une dimanche… mais pas d’être planté là, à écouter les gens, à discuter de ça, à donner son avis… y en a un qui me regarde, il cherche à me parler… c’est tellement, tellement chiant que je me prêts au jeu… aaaaaa-bbbbb-ccccc-ddddd-zzzzz… tiens, voilà ce que tu voulais, un petit morceau de moi, tu peux le déguster, le mâcher, l’avaler, ça va te transformer, mais ça va pas durer. Quand enfin je me tourne, ils regardent tous un mur, ce soir il y a un événement, mais on ne sais pas à quelle heure… Ce film est tellement chiant, et je ne sais pas quoi faire, et c’est un putain de rêve, je ne peux pas partir… et là rien ne se passe… oui, au mieux il se passent des choses, mais c’est dans leur tête, et là y’a un intérêt, pour eux y’a un intérêt, et ça c’est bien normal, eux ils sont dans un rôle. Et moi ? Ils veulent me coller un rôle dans ce putain de film ? Un rôle chiant à mourir ? Un rôle de morte peut-être ? Oui, ça devrait bien vous plaire : Chus morte dans son rêve, mangée, vidée puis après empaillée. Je ne peux pas partir, mais je peux faire autre chose : me montrer indifférente, montrer ma plénitude, trouver bien le moyen de me trouver un complice… ça a du mal à passer, ça fait péter des plombs, et moi ça me réjouis trop. Je change l’ordre des choses, le film n’a plus de sens, il n’y a plus de comédiens, tout le monde est ici à poil, le décor disparaît, le blanc envahi l’espace et l’air reprends sa place.

Enfin je fume une clope, cela ne m’arrive pas à chaque rêve… une belle clope bien roulée… ça donne la chair de poule. La fumée au ralenti prends la forme d’un fantôme. Dense et désirable, elle traverse ma gorge et dessine des étoiles, des corps flous dans ma tête. Je la garde longtemps, je ressens comme une crampe, je relâche la fumée et après je me réveille…

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