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J’ai toujours voulu être tout, tout savoir et tout avoir, mais le tout ne suffit pas, et j’en suis consciente… C’est peut-être à cause de ça que j’ai toujours fait des rêves galactiques, comme une envie d’embrasser l’univers entier, non pas seulement le monde, mais l’infini lui-même, toujours plus loin, toujours plus fort et toujours plus que les autres…

Quand j’étais gamin ça commençait à chaque fois pareil, en chemin pour l’école mes pieds commençaient à se décoller doucement du sol et mon corps, débarrassé de son poids, se mettait à flotter, pédalant d’abord à quelques centimètres du trottoir pour assez rapidement se mettre à l’horizontale et voler à une certaine hauteur. Pendant quelques minutes je restait sage, suivant le chemin vers l’école, me disant que mes copains de classe allaient halluciner s’il arrivaient à lever la vue de leurs souliers, mais ça n’arrivait jamais, personne me me voyait, puis au bout d’un moment je trouvais cette attente péniblement ennuyeuse, et plus je m’ennuyais, plus je montais haut, plus je me détachais du monde, plus j’avais envie d’aller loin… et comme ça dans mon rêve je passais de petit garçon qui vole à super-héro intergalactique et je trouvais un plaisir sans mesure à parcourir la grandeur de l’univers en totale liberté. Rêve de gamin.

A l’adolescence ça a commencé à prendre une autre couleur. Je me souviens la première fois que j’ai rencontré Dieu. Il avait l’air cool ce mec et prêt à faire pas mal de conneries avec moi, du coup j’en profitais. À chaque rêve je me dépêchais d’aller le chercher là-haut, et de le réveiller de sa divine sieste… On se faisait un petit vol, histoire de se chauffer, puis après on allait repérer les endroits du monde qu’on détestait ensemble, les centres commerciaux, les aires d’autoroute, les fastfoods, les résidences sécurisées… puis je lui disais allez, fait-le ! Maintenant ! Puis Dieu, qui était cool avec moi le faisait… Il sortait sa bite divine avec sa force céleste pour la faire éjaculer sur la mocheté du monde… Des rivières de sperme sacré inondaient les couloirs et les boutiques, les routes et les autoroutes, les rues et les ruelles, le monde devenait collant et glissant, plus propre et plus salle, plus profond, plus complet, plus juste… Et moi ça m’aidait à aller de l’avant. Depuis, à chaque fois que je met mes pieds dans un centre commerciale, je ne peux pas m’empêcher de penser aux rivières de esperma de la de Dios es Cristo qui surprennent au bout du rayon bio la petite dame qui ne s’y attendait pas et le responsable commerciale des étiquettes des produits de beauté effrayé comme pour son premier jour d’école sans savoir où se cacher… Je sais, ça peut paraître infantile… mais j’étais encore enfant einh ? Todavia niño… un poco crecidito ya y con mis ideas raritas, y además hijo adoptivo de Alaska y Fabio Mcnamara… ya se sabe… de tal palo tal astilla !… Et depuis, faire les courses est un beau moment de détente pour moi…

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Et ça ce n’est pas arrêté à l’adolescence, ça a bien continué, et depuis que j’assume mon sexe, dans mes rêves galactiques je suis à la fois sans sexe et avec tous les sexes, je suis Dieu et en fin de compte ça me plait bien, car je ne l’ai plus jamais revu… Je n’ai plus besoin de lui, la force sacrée est avec moi maintenant ! Mes balades intergalactiques sont devenues beaucoup plus complexes maintenant, je rencontre les planètes et les étoiles, je flirte avec des supernovas, je tombe dans des trous noirs de temps à autres et je prends la vitesse de la lumière. Ce soir c’était magnifique, l’apesanteur m’a pris le corps entier, les sensations étaient très précises, très puissantes, limite MDMA, vous savez, quand tu vas au-delà de la prise de 200mg et que tout commence à te dépasser et que ton corps n’est pas assez grand pour tout contenir, sauf que là, dans mon rêve, mon corps n’a pas de limites et je peux aller aussi loin que je le veux. Pour commencer je me suis pas mal baladée sur Terre, juste à à peine un centimètre du sol, avec ce petit plaisir d’être la seule à le remarquer, avec mes nuages sous les pieds et la légèreté qui va avec… J’ai rencontré pas mal de monde, quelques garçons, quelques filles, tous magnifiques et beaux, toutes splendides et belles… Ça m’a déjà pas mal excitée, j’ai commencé à monter et j’ai décidé de le faire très vite, en deux secondes j’étais dans une nébuleuse entourée de poussières interstellaires et de gazes raréfiés, la Terre paressait si loin, si ronde et si petite… et la nébuleuse me caressait doucement les cheveux, comme un nouvel amant plein de tendresse. Je suis partie très loin avec elle, transformée en objet céleste de lumière, les étoiles avaient du mal à cacher leur jalousie et elles ont tout tenté pour nous faire tomber, mais nous étions parfaites ma nébuleuse et moi, beaucoup trop fortes ensemble… Nous avons accéléré notre vitesse et nous sommes parties derrière Neptune et là j’ai quitté ma nébuleuse, j’avais une autre idée en tête… Créer un éclipse. Je me suis placée de manière à avoir Neptune parfaitement alignée entre moi et le Soleil, c’était pas mal du tout, je sais qu’il ne faut pas regarder les éclipses directement, mais bon, c’était un rêve, du coup j’ai pris le plaisir de le faire, Neptune est devenue complètement noire, et le rayonnement du Soleil autour de la planète dessinait des dentelles filamenteuses en mouvement, ça n’arrêtait pas de bouger et de changer de couleurs, des nuances indescriptibles entre les vertes, les jaunes et le rouges, des dégradés du magenta au bleu cobalt, d’un coup tout a viré au turquoise, je crois que j’ai même pleuré… C’était tellement beau que ça faisait mal aux yeux, j’ai tourné mon regard vers le noir et je me suis rendue compte que les éclipses laissent des traces aussi dans les rêves, une tache noir entourée de lumière est resté fixée dans ma vison… fallait partir ailleurs. La suite était puissante aussi, j’ai croisé une nébuleuse obscure et ça c’est rare, ça fait bien flipper car on ne les voit que si elle sont placées devant un champ d’étoiles, c’est comme une vraie apparition, beaucoup plus forte qu’un trou noir… Un autre truc m’a fait bien délirer, je l’ai vu de loin, mais j’en suis sûre, c’était la naissance d’une supernova, une étoile qui arrête de générer de l’énergie et finit par une violente explosion, puis elle tombe dans sa propre gravité, elle se mange elle même, la classe. A un moment donné, c’est toujours le même schéma quand j’arrive à la fin du rêve, je me pose sur une planète et je regarde la Terre de loin, elle est belle, y a rien à faire, tout l’univers est magnifique et j’ai envie de lui faire l’amour, alors mon corps s’étend et perd ses limites, la montée d’adrénaline est énorme, l’excitation forte, je pense à Héra et son lait divin, à la création de la voie lactée, je veux contribuer moi aussi à l’univers, je ne peux pas le faire autrement, je me masturbe en hommage aux galaxies, ça viens très vite, ça prend mon être entier et j’éjacule comme un Dieu, en apesanteur et en grandeur, mon premier jet part vers l’infini, puis après un deuxième et comme ça jusqu’à six fois, mon sperme flotte dans la galaxie à la rencontre de la matière noire, c’est comme une sculpture blanche et organique, vivante, qui flotte devant mes yeux avec la mission de féconder l’univers, je la vois partir loin, toute une vie propre lui est accordée maintenant. Je regarde Vénus maintenant et sa rondeur m’effraye, elle a l’air assez proche de la terre vu d’ici… un rond de lumière proche de la terre, la naissance de Vénus…

Le réveil est dur après une nuit intense… Je suis complètement collée à moi même et cette tâche dans ma vision est toujours présente, elle dessine dans ma réalité un cercle sombre et un halo de lumière… Je perçois la rondeur de mon ventre… la journée va pas être facile.

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crédits…

en haut : Pilar Zeta

au milieu : Pierre-Paul Rubens, Naissance de la Voie Lactée, Museo del Prado

Ci-dessus :

à gauche :  détail de la Nébuleuse de l’Aigle par le télescope spatial Hubble

à droite en haut : Nébuleuse du Crabe, un rémanent de la supernova de l’an 1054

à droite en bas : éclipse solaire derrière Neptune © Chus Martínez 2013

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