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effeuillage

Je ne vous ai pas raconté comment je me suis retrouvée dans le workshop de Mademoiselle Violette, une des Kisses Cause Trouble. Je m’y suis retrouvée presque par hasard, j’étais au départ venue discuter de projets futurs. Et ça a été comme une première fois… peut-être aussi de m’y remettre, cela faisait longtemps que je ne m’étais pas effeuillée… Une expérience intérieure… Merci Violette…

***

Il faudrait peut-être commencer par la fin. Mon corps, découvert. Ma nudité, disparue. Et leurs yeux à elles, les spectatrices de mon effeuillage corporel. Me découvrant tel que je me perçois depuis toujours. Écorché(e).

L’idée du striptease, je ne l’aurais jamais eu avant d’arriver en France. Ma vie en soi était déjà une mise à nu. Mais l’autre week-end à Bourges, ce fut une redécouverte.

J’étais là, devant cette salle. Sans attendre. Digérant tant bien que mal les affres d’une soirée médiocre. Une nuit dont les miroirs ne m’avaient une fois de plus pas révélé les reflets de ce que j’aurais voulu être.

Et puis il y a eu cette voix. « Edelweiss ? Vous êtes Edelweiss ? » Je ne suis pas très fleur bleue, mais pour le coup, Edelweiss, ce pouvait être moi. Une fleur rare, qu’il est interdit de cueillir. J’ai revêtu ce prénom comme on enfile un chemisier qui vous sied mal, me transformant dans la foulée en participante au workshop « Striptease Burlesque ».

Talons, rangers, bretelles, résilles, plumes, loup, cagoule, renard, rouge à lèvres, cuirasse, fume-cigarette…La femme poisson, la femme enfant, la femme femen, la femme femelle. Il n’y avait plus qu’à jouer. Savoir quelle étiquette nous collait le plus à la peau. Et laquelle on voulait revêtir… Moi je ne sentais qu’un étrange mélange de désirs, de peurs, de sueurs, de miasmes, de spasmes. Et Violette, au milieu de cet étrange océan olfactif, qui déshabillait les vies comme on épluche une pomme de terre nouvelle. Violette. Elle aussi avait dû se faire piétiner, comme toutes les fleurs sauvages. Peut-être aurait-elle aimé Edelweiss.

Elles étaient sept à participer. Sept à se raconter. Sept à se dévoiler. Sept à croire que le monde pourrait ressembler à la confidence d’un corps. Sept, avec moi.

A un moment, forcément, ce fut mon tour de leur montrer qu’une étiquette est plus facile à ôter qu’un gant. Mais j’étais toi Edelweiss, putain. Et je ne savais pas quoi leur donner.

J’ai essayé de me mettre dans tes yeux, dans tes liquides. J’ai essayé d’imaginer que tes fringues, tu devais les balancer à la gueule de tous les connards qui croient que tu peux céder à leur domination. J’ai essayé de t’imaginer, remuant tes sapes au dessus de leurs sexes en rut et administrant la plus grande frustration qu’un corps puisse ressentir. Exhibant tes froques comme des trophées devant des yeux embués par le quotidien et la bêtise.

Pendant un instant nu, j’ai essayé de savoir ce que tu nous dirais de toi.

Mais je restais moi-même. Hors de cette dichotomie revancharde et désirante. Hors du temps de l’exhibition cathartique.

Et je voyais qu’elles me fixaient, guettant dans mes gestes des débuts d’histoires.

Alors j’ai ouvert les yeux, de plus en plus grand et elles ont vu mes sexes à l’intérieur. Celui d’avant et celui de demain.

J’ai ouvert encore plus grand, et comme elles voulaient tout voir, je leur ai tendu un spéculum.

Qu’elles la regardent mon âme obscène, qu’elles plongent dans mes orbites.

Et pendant qu’elles regardaient à l’intérieur, j’ai enlevé tout entière cette peau qui m’empêche, me contraint, m’oblige à n’être qu’un ou deux quand je voudrais être parfois tout, parfois rien.

Et dans le sang, elles ont compris, médusées, le monstre qu’elles auraient elles aussi aimer devenir en se déshabillant.

Je leur ai dit que je m’appelais Chus, et qu’il ne fallait pas qu’elles s’inquiètent. Je savais comment me rhabiller…

Elles, je crois qu’elles n’ont pas réussi.

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