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Je vous ai dit qu’il fallait que j’appelle mon sexologue… C’est marrant que je pense à lui au moment de la Saint-Valentin… Je suis vraiment fatiguée là… J’ai besoin de lui… Je ne sais même plus si je suis vraiment enceinte… Ça me dépasse tout ça.. J’ai l’impression de m’en foutre complètement en fait… Mais bon, ça doit être passager…

Quand je dis mon sexologue, je pense à Jean-Michel, celui que je voyais il y a une quinzaine d’années, celui qui m’a bien accompagné à cette époque importante de ma vie… Il exerçait à Bordeaux… Ça fait vraiment longtemps que je l’ai pas vu… Je ne sais pas où il est maintenant… Jean-Michel… c’était quelqu’un… Je l’ai rencontré à San Sebastian un été… C’était un peu après cette période avec Angel, ce délire sur les Skoptzys, les Khlystys… Je ne sais pas pourquoi, mais Jean-Michel il avait tout de suite senti quelque chose chez moi. Et puis je rencontrais un psy sexologue pour la première fois, j’aimais bien parler avec lui, j’étais vraiment curieux de ce qu’il me racontait, il avait une dizaine d’années de plus que moi… On s’était d’abord rencontré par hasard à la terrasse d’un café, près du Kursaal, il était là en vacances avec sa copine, ils avaient l’air assez riches, ou en tout cas ils dormaient dans un bel hôtel, mais lui il était pas très plage, et puis comme sa copine elle n’était pas très sociable non plus, pas du tout du genre à parler des heures sur le sable, elle faisait plutôt la sieste bronzing… Alors je suis revenu un peu tous les jours, et du coup on parlait longuement aux terrasses des cafés…

Donc à Jean-Michel je lui avais raconté un peu mon histoire, ça l’avait bien intrigué, il me posait plein de questions, avec douceur, ça me faisait verbaliser des choses, je faisais des liens auxquels j’avais jamais pensé avant. Par exemple c’est lui qui m’a un peu éclairée sur la question de la trans-identité, il m’avait dit qu’il fallait que je le sente vraiment, que les choses étaient irréversibles et que cela devait devenir d’une intime conviction, que si à un moment je m’étais senti « neutre », il fallait que d’abord je sache vraiment d’où je partais, qu’il fallait que je passe par toutes les étapes, que je fasse une psychothérapie… Et puis comme je prenais tout de même pas mal de drogues, de LSD même à l’époque, il m’avait orienté vers la psychologie transpersonnelle. C’est lui qui m’a parlé pour la première fois du contexte californien des années 1960, de l’Institut Esalen à Big Sur, et puis aussi d’Abraham Maslow et Stanislav Grof. Je me reprends à penser que c’était doux tout ces moments en buvant des sodas aux terrasses de la playa de Zurriola où Jean-Michel me faisait découvrir tout ce contexte bien particulier dans le domaine transidentitaire à l’époque aux États-Unis… Les premières opérations de réattribution de sexe, Divine, le Camp, la psychologie et l’anthropologie transpersonnelles, les Cockettes…

Il faut vraiment que tu fasses le travail sur toi, que tu identifies vraiment d’où tu pars Chus, il me disait… Il me racontait par le détail qu’à la fin des années 50 et durant les années 60, nombre de femmes dont les sentiments transsexuels étaient tout particulièrement intenses en étaient venues à se castrer elles-mêmes afin de se féminiser et afin de contourner les restrictions des hôpitaux sur l’ablation des testicules sur des « mâles intacts ». Une fois que ces personnes n’étaient plus intactes, elles espéraient pouvoir obtenir qu’un hôpital finisse le travail, pour autant qu’elles aient l’argent pour payer l’intervention. Jean-Michel me raconta par exemple l’histoire de la pionnière américaine Aleshia Brevard. Quand elle était jeune elle avait pu obtenir des oestrogènes pour féminiser son corps et elle était devenue une des stars du Finocchio’s, un night club de San Francisco, notamment fameux pour ses « female impersonators ». Après s’être émasculée elle-même afin de féminiser son corps, Aleshia avait put bénéficier d’une opération de réattribution de sexe en 1962, avec l’aide du Docteur Harry Benjamin, un médecin endocrinologue plein de compassion de New York qui étudiait la distinction entre les identités transgenres et l’homosexualité. Elle avait pu laisser son passé derrière elle et commencer une vie nouvelle, totalement distincte de la précédente, comme la plupart des femmes transsexuelles des années 60. Elle devint une artiste de spectacle, une « Playboy Bunny », puis une actrice connue de cinéma, de théâtre et de télévision.

Et puis une histoire qui m’avait marqué et m’avait fait voyager c’était l’histoire de la scène de Baltimore dans les années 60. Le cinéma gay et trash de John Waters et Divine, Multiple Maniacs, Pink Flamingos, Female Trouble, etc., et puis le contexte particulier qu’il y avait à Baltimore pour l’imaginaire transgenre parce qu’en 1966, des chirurgiens de l’hôpital John Hopkins de la ville avaient commencé à pratiquer des opérations de réattribution de sexe de type homme-vers-femme en quantité limitée pour les patientes de la nouvelle « clinique d’identité de genre » de l’hôpital. Les médecins de cet hôpital considéraient les transsexuelles comme des malades mentaux, mais ils croyaient aussi qu’il n’y avait pas de méthode psychologique pour renverser « l’identité sexuelle mal formée ». Dans le cadre d’un programme expérimental, ils ont commencé à explorer la possibilité d’aider leurs patientes par la chirurgie, comme le recommandait le Docteur Benjamin. Les chirurgiens de l’hôpital John Hopkins utilisaient une variante du protocole du Docteur Georges Burou, le français qui s’était occupé des filles du Carrousel de Paris, comme Coccinelle ou Bambi, dans sa clinique au Maroc à la fin des années cinquante. L’innovation essentielle du Docteur Burou fut d’utiliser les organes génitaux masculins comme source de peau et de tissu érectile pour créer les nouveaux organes féminins, vagin inclus.

A l’automne 1966, les journaux américains propagèrent l’information, le New York Daily News d’abord, et puis le 21 novembre 1966, le New York Times publia un article de première page approfondi sur le transsexualisme. L’article du New York Times donna une large information sur les traitements chirurgicaux et hormonaux faits à l’étranger et sur le nouveau programme de l’hôpital John Hopkins de Baltimore où plusieurs opérations avaient récemment eu lieu. L’article mentionnait aussi le Docteur Benjamin comme l’une des personnes faisant autorité sur le plan mondial en matière de transsexualité. Le Docteur Benjamin ouvrit ainsi un nouveau domaine de connaissance en matière de transsexualité. Dans un texte médical, The Transsexual Phenomenon, Benjamin a posé un changement de paradigme en décrivant ses expériences avec de nombreuses patientes sur plusieurs décennies. Il était le premier chercheur à admettre que l’identité sexuelle et l’orientation sexuelle étaient deux dimensions indépendantes de chaque personne. Le Docteur Benjamin insistait sur le fait que les personnes « intensément transsexuelles » pouvaient et devaient être traitées, afin de leur permettre de vivre dans le genre qui leur correspond. Son livre documentait les résultats des nouveaux protocoles en matière de traitement hormonaux et chirurgicaux et plaçait ces traitements dans un cadre rationnel, en tant que thérapie de la transsexualité. Ce livre donna un grand espoir à de nombreuses transsexuelles et ouvrit les portes pour les approches modernes que nous prenons maintenant pour garanties. En même temps, le fait que l’hôpital John Hopkins effectuait des opérations de réattribution de sexe augmenta beaucoup la notoriété des théories du Docteur Benjamin et ses travaux furent l’objet d’une grande attention de la part de la communauté médicale.

Donc voilà, ça c’était l’époque de Divine et Waters à Baltimore, et après Divine faisait les aller-retours à San Fransisco, pour jouer dans la troupe des Cockettes, pour chanter aussi, au côté de Sylvester.

Jean-Michel m’avait aussi parlé de la naissance de la psychologie transpersonnelle, comment Grof avait posé les bases de cette théorie qui incluait les expériences mystiques, spirituelles, hallucinogènes. Il y avait déjà eu la thèse de Castaneda sur sa prise de peyolt avec un chamane Yaqi qui était parue en 1968, et puis les premières recherches de Grof qui portaient sur l’usage clinique des substances psychédéliques. Grof était responsable d’un programme d’exploration systématique du potentiel heuristique et thérapeutique du LSD et autres substances psychédéliques. Il s’installa à Esalen à Big Sur et y resta de nombreuses années. Jean-Michel m’avait dit que si je m’intéressais au Skpotzys, au mythe de Cybèle et Attis, il fallait que je m’intéresse au concept des matrices périnatales fondamentales que Grof a posé par la suite.

Pour résumer, la première matrice périnatale (MPF 1) est liée à l’expérience intra-utérine précédant immédiatement la naissance, et les trois autres matrices aux trois phases de l’accouchement. Au cours de la première des ces trois dernières phases, le foetus se trouve comprimé à intervalles réguliers par des contractions utérines sans la moindre chance d’échapper à cette situation puisque le col est fermé. Les contractions répétées provoquent la dilatation et l’effacement du col jusqu’à permettre le passage par le canal de naissance. La dilatation complète du col marque le passage entre la première et la deuxième étape du travail, caractérisée par la descente de la tête dans l’excavation pelvienne et sa progression lente et difficile dans le défilé. Et finalement, au cours de la troisième étape, le nouveau-né est expulsé et, après coupure du cordon ombilical, il ou elle devient un organisme anatomiquement indépendant. A chacune de ces étapes, le bébé expérimente un ensemble spécifique et typique d’émotions intenses et de sensations physiques. Ces expériences laissent des empreintes profondes dans l’inconscient de la psyché, pouvant jouer plus tard un rôle important dans la vie de l’individu. Les matrices périnatales fondamentales comprennent non seulement les éléments liés à la reviviscence d’une phase particulière de la naissance biologique, mais également diverses scènes naturelles, historiques et mythologiques provenant des domaines transpersonnels.

Jean-Michel m’expliquait qu’on retrouvait tous les thèmes freudiens des matrices périnatales dans les films de Waters avec Divine… que ça explique the filthiest person in the world il me disait…

Bueno, je vous raconterai la suite de mon histoire avec Jean-Michel demain ou plus tard… Parce que là je suis tout de même fatiguée et tout ça peut peut-être sonner un peu New Age… Mais c’est Jean-Michel qui m’a suivi par la suite, et il a vraiment été quelqu’un d’important dans mon cheminement. Alors il faudra un peu de temps pour que je vous raconte, je veux faire ça bien, rien que tout ce qu’il m’avait fait découvrir sur l’analyse des mythes à la lumière des matrices périnatales, ça a été super important pour moi.

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