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Bueno, vous vous dites surement que j’ai quand même bien exagéré ce week-end… Du grand Chus Martínez… C’est vrai que je me laisse aller à des extrêmes inimaginables, mais en même temps je trouve cela passionnant. Pourtant, quand j’étais plus jeune, avant mon opération, je n’étais pas comme ça… Enfin, j’aimais les bites, j’aimais les tripoter, les sucer, les branler, les prendre dans mon cul, mais je n’aimais pas la mienne, je jouais pas beaucoup avec… Ça venait déjà du fait que je ne me sentais pas bien avec mon corps d’homme. J’avais des problèmes d’éjaculation précoce, je ne voulais pas qu’on la touche, elle m’embarrassait, j’étais bloqué dès qu’on voulait me la toucher, je ne l’aimais pas en fait… C’est peut-être pour ça que c’est étrange que dans le délire du week-end je me suis mise à penser qu’elle était revenue, que je la maitrisais comme un vrai Priape, que je jouissais à flots et à répétition… C’est hyper bizarre quand même… mon membre fantôme… Faut que j’appelle mon sexologue…

C’est l’occasion aussi de vous raconter que quand j’étais aux beaux-arts, dans les premières années, je ne pensais pas vraiment au changement de sexe. Je me voyais plutôt comme androgyne, comme neutrois, non-genré. Je faisais des performances assez barrées avec un copain aussi dingue que moi, un mec qui avait passé plusieurs années dans le coma et qui n’avait pas eu d’adolescence. Du coup il avait découvert la sexualité tardivement, il était pas beaucoup plus à l’aise que moi et on faisait des performances où on simulait la castration, l’ablation des testicules ou des tétons. Avec giclées de plein de faux sang et sperme. Angel (c’est comme ça qu’il se faisait appeler) était largement suivi depuis sa sortie du coma et son psy lui avait parlé du DSM IV qui venait de sortir, qu’il ouvrait à des prises en charge spécifiques pour des gens comme nous, qu’il ne fallait pas hésiter à en parler, même si on prenait ça d’un point de vue artistique. Je crois que c’est la première fois que j’ai entendu parler de la classification.

Pour les performances on s’était mis à chercher des choses plus réelles sur la castration. Et comme Angel faisait aussi de la musique et me parlait souvent de sa passion pour les états de transe, les musiques extatiques, les danses frénétiques, comme les derviches tourneurs et tout un tas de choses dans le style, on a regardé du côté des rituels mystiques. On était tombé sur les Galles de Rome, les prêtres du culte de la déesse phrygienne Cybèle qui pratiquaient l’auto-castration dans des cultes frénétiques le « jour du sang », tous les ans, au 24 mars. Angel en avait parlé à son psy et ce dernier lui avait dit que si ces choses nous intéressaient nous devrions regarder un peu du côté des Skoptzy russes, vu qu’on parle souvent du syndrome skoptique, codé 302.6 dans le DSM IV.

Les Skoptzy (de skopets, qui signifie en vieux russe « homme châtré »), également appelés les colombes blanches, constituaient une secte chrétienne dont les membres, pour atteindre leur idéal de sainteté, se soumettaient eux-mêmes à la castration. Les Skoptzy croyaient qu’après l’expulsion du Jardin d’Éden, Adam et Ève avaient greffé sur leurs corps les moitiés du fruit défendu formant ainsi des testicules et des seins. Aussi, l’ablation de ses organes sexuels devait restituer le Skoptzy dans son état premier, avant le Péché originel. Il y avait deux sortes de castration : le « petit sceau » et le « grand sceau » (c’est-à-dire la castration partielle et la castration complète). Pour les hommes, la « petite » castration se traduisait par l’enlèvement des seuls testicules, tandis que la « grande » castration sacrifiait aussi le pénis. Les femmes n’étaient pas castrées, mais elles pratiquaient l’amputation des tétons, voir des lèvres vaginales et du clitoris. En cela les Skoptzy soutenaient qu’ils réalisaient le conseil de perfection que le Christ donne dans l’Évangile selon Matthieu 19,12 : « il y a des eunuques qui le sont dès le ventre de leur mère ; il y en a qui le sont devenus par les hommes ; et il y en a qui se sont rendus tels eux-mêmes, à cause du royaume des cieux. Que celui qui peut comprendre comprenne ». Parce qu’ils croyaient que la seconde venue du Christ ne se produirait que lorsque le nombre de Skoptzy aurait atteint le nombre apocalyptique de 144000 donné dans les Actes des Apôtres, ils étaient des prosélytes ardents de leur culte.

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La secte millénariste avait été fondée en 1757 par Andrei Ivanov. Il baptisa sa nouvelle église en se castrant lui-même et treize de ses disciples. Quelques temps après, Ivanov fût arrêté par les autorités et mourut en Sibérie. Mais au lieu d’abattre ce nouveau mouvement, le martyr d’Ivanov servit de ferment à ses admirateurs et à ses prosélytes. La secte déclara que Kondrati Selivanov, l’un de ses treize disciples, était le nouveau Christ descendu sur la Terre. Sous son règne, la communauté prospéra. Ses admirateurs traversaient la Russie en propageant ce message simple : « Tout le monde peut-être tsar par cette conversion ». En 1770 Selivanov trouva une audience importante et put prêcher sa doctrine à Saint-Pétersbourg. Mais en 1771 il fut condamné à la déportation en Sibérie. Il parvint à s’échapper et revint à Saint-Pétersbourg. En 1797 il fut interné dans un asile d’aliéné. Mais il fut libéré en 1802, au début du règne de Alexandre I et sous la pression de riches marchands castrats de la ville. Il disposa alors d’une grande audience dans les milieux aristocratiques et devint le protégé de la baronne von Krüdener, maîtresse du Tsar, qui le considérait comme un très saint homme. Un riche marchand l’installa dans un manoir et il put rassembler jusqu’à trois cents adeptes dans ses rituels. En 1820 cependant on l’exila à nouveau au monastère de Souzdal où il finira sa vie centenaire.

Un des castrats les plus en vue fut certainement Aleksey Elensky qui atteint la position de Ministre-Chambellan du Tsar Alexandre I. En 1804, Elenski, dans un rapport intitulé « le Fondement de la secte des castrats », propose au tsar d’introduire dans chaque administration russe le poste bureaucratique de prophète. Les douze prophètes de première classe transmettront au souverain la volonté du Saint-Esprit. Chaque navire de guerre aura un prophète attaché au commandant de bord, pour lui faire entendre la voix de Dieu et lui annoncer l’évolution de la météorologie. Elenski, parmi les douze prophètes suprêmes, s’était réservé le poste de prophète attaché au haut commandement de l’Armée impériale.

Au milieu du 19ème siècle, les autorités russes comptabilisèrent 10 000 castrats. Les convertis se retrouvaient dans toutes les classes sociales. La vie austère des castrats associée à leur dévotion à l’argent en plaça beaucoup dans des milieux favorisés, on y retrouvait des nobles, des officiers de terre et de marine, des fonctionnaires, des popes. Les membres de la secte évitaient de rompre avec l’église orthodoxe mais leur nombre augmentait tellement qu’entre 1847 et 1866, 515 hommes et 240 femmes furent déportés en Sibérie sans sérieusement menacer l’existence de la secte. Les déportations en Sibérie se poursuivirent et certains prirent la fuite pour la Roumanie où ils pouvaient pratiquer librement leur culte.

Plusieurs étapes devaient jalonner la vie des Skoptzy. Ils étaient encouragés au mariage, mais après la naissance du deuxième enfant, les hommes devaient se soumettre au rite de la castration. La première étape de l’initiation impliquait de couper au couteau ou au rasoir les testicules et le scrotum. Pour eux, les testicules étaient considérées comme les clés de l’enfer et leur amputation donnait le droit aux initiés de « chevaucher le cheval royal ». La deuxième étape de l’initiation impliquait l’amputation du pénis. Elle intervenait deux ans après l’amputation des testicules. Le pénis était coupé avec des ciseaux, un petit couteau, une pièce métallique ou une hachette sans beaucoup de cérémonie, bien que le rite soit fréquemment suivi de danses rituelles. L’hémorragie était stoppée par de la glace ou de la résine et l’urètre était sauvegardé par une tige artisanale. Dans la théologie des castrats, le pénis représentait la clé des abysses. L’amputation du pénis donnait aux initiés le droit de monter « le cheval blanc de l’apocalypse » et de se sauver des flammes de l’enfer. Quelques uns se soumettaient à une troisième purification qui consistait à couper un triangle de chair dans le muscle de la poitrine. La troisième étape conduisait, par des hurlements et des sauts, à un état de transe. Toutes ces mutilations représentaient les cinq blessures du Christ.

Angel avait vraiment tripé sur les Skoptzy, d’autant que les prosélytes de la secte citaient souvent l’écrivain allemand Jacob Böhme, très populaire à l’époque dans l’intelligentsia russe : « la seule différence entre un homme et un ange est l’absence des organes sexuels. » Ça Angel, il aimait bien… Il délirait bien ce Angel… Il se voyait mourir en s’immolant, après s’être castré… Moi ce qui m’a intéressé le plus chez les Skoptzy, c’est peut-être finalement leurs rites. Les réunions se tenaient tard dans la nuit, dans des caves, et duraient jusqu’à l’aube. Les hommes portaient des longues et larges blouses blanches d’une coupe particulière avec une ceinture et un grand pantalon blanc. Les femmes aussi s’habillaient en blanc. Lleur nom de colombes blanches vient de là. Leurs cérémonies religieuses incluaient le chant d’hymnes et la danse frénétique finissant dans l’extase. Et puis, même si j’aimais le côté « neutre » intégral, je n’aimais pas trop leur ascétisme anti-sexualité. Parce que les Skoptzy croyaient que le mal principal du monde vient du lepost (la beauté humaine, la sexualité humaine, le sex-appeal, le mojo) qui empêche les hommes de communiquer avec Dieu. Le chemin de la perfection commence par l’élimination de la cause et il aboutit à la libération de l’âme. La castration garantissait que tous les péchés provoqués par le lepost ne pourraient plus être commis.

Je me suis finalement plus tournée vers les Khlysty, les flagellants, une secte plus ancienne dont émanait Andrei Ivanov, le fondateur des Skoptzy. Surtout pour la tendance non ascétique, qui pensait pouvoir vaincre le péché par le péché. Les Khlysty considéraient la débauche comme une sorte d’étape purificatrice sur le chemin de la rédemption. Les points centraux de la pratique de cette idéologie constituaient l’ascétisme, ou le végétarisme, et la flagellation, accompagné de transes rituelles appelées radeniya, lesquelles prenaient parfois des aspects orgiaques. Lors de la cérémonie de transe khlysty, les participants dansent en tournant sur eux-mêmes au rythme des cantiques, un peu comme les derviches. Peu à peu la danse s’accélère en même temps que les chants s’affolent. Les danseurs, avec un fouet, se flagellent alors violemment les épaules, la poitrine, les bras et les mollets sans cesser la ronde infernale et atteignent l’extase orgiaque.

Raspoutine fut initié Khlysty dans sa jeunesse. On dit qu’il avait fait de cette doctrine le fondement de ce qu’il appelait la « sainte absence de passion », un état d’union avec Dieu qui était atteint par l’épuisement sexuel qui survenait après des rencontres sexuelles prolongées. Raspoutine disait, paraît-il, que sa mission était « de vous apporter la voix de notre sainte Terre Mère et de vous enseigner le secret béni qu’elle m’a transmis concernant la sanctification par le péché ». Dans son essence, cela signifiait que l’expérience débridée du sexe – dépourvu de luxure, de désir et d’attachement – était un type de « mortification ascétique » capable de favoriser la recherche de la « mort mystique » du Moi inférieur ou ego. En crucifiant la chair par l’épuisement sexuel, l’esprit s’unissait à la Bien-aimée divine. Le « péché » apparent de l’acte était aboli dans la transformation de l’individu. À ce niveau, de simples actes sexuels se transformaient en rituel sacré quand le célébrant était « sanctifié par le péché », libéré du faux moralisme. Une telle « sainte absence de passion » est aussi une technique précise pour sacrifier le Moi inférieur et détruire la fierté de l’ego individuel.

Voilà, ça ça me parlait… Angel, lui, il voulait qu’on se mutile les tétons en pleine performance… Je me disais pourquoi pas, essayons, la castration même, on aurait pu devenir eunuques… Mais j’adhérais pas au trip ascétique qu’il imaginait. Moi je voulais au contraire continuer dans l’exploration du sexe débridé, donc la castration et rien d’autre, j’étais pas emballée. C’est là que j’ai commencé à me dire que ce serait bien d’avoir un vagin, de connaître l’orgasme féminin, qu’on me disait plus fort que l’orgasme masculin… Angel, lui finalement il s’est tourné vers le vaudou, il a commencé à sacrifier des poules durant ses performances… Il a même égorgé le chat de ses parents… Là j’ai arrêté de travailler avec lui… Et puis, à la fin de l’année, Angel a suivi ses parents qui étaient mutés pour leur travail au Mexique, je sais pas ce qu’il est devenu…

En tout cas, nos histoires, quand on en parlait aux gens, ils nous prenaient pour des fous… C’est là que j’ai commencé à dire que je voulais devenir femme, les gens, ça ils comprenaient mieux, la movida était quand même passée par là… En même temps, je comprends pas pourquoi les gens ils flippent avec la castration, quand on voit l’allongement de la durée de la vie et l’idéologie urologique qui va avec, les injonctions des spécialistes choisissant pour leurs patients l’impuissance contre la prostate, et ces hommes, charcutés, traités, qui deviennent, grâce à la magie de l’urologie moderne, des incontinents, des bouffeurs de bouffées de chaleur, des diarrhéiques chroniques, des gynécomastes, des gros à muscles atrophiés, des micro pénis, des alibidineux et des impuissants, on est pas très loin des eunuques. Et avec le cancer et les conséquences des traitements ? On dit qu’il y a 600 000 castrés aux États-Unis. Combien en France ? Combien en Espagne ? Regardez autour de vous et comptez les eunuques.

 castration

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