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Le jury du Prix Chus Martínez a annoncé en fin de matinée que le prix a été décerné cette année à Chus Martínez pour son roman Mes Chus Martínez. Le jury s’est réuni toute la soirée et la nuit au restaurant « Chez Chus Martínez » situé rue Chus Martínez. Il était composé de Chus Martínez, Chus Martínez, Chus Martínez, Chus Martínez, Chus Martínez, Chus Martínez, Chus Martínez, Chus Martínez et Chus Martínez. Le jury a mis plusieurs heures à départager Chus Martínez, Chus Martínez et Chus Martínez, les trois finalistes. Chus Martínez a obtenu finalement sept voix contre deux voix à Chus Martínez, au bout du troisième tour.

Chus Martínez a été saluée pour l’ensemble de sa carrière par le jury. Depuis ses premiers écrits Chus Martínez propose un champ utopique de création où nous sommes définis par notre énergie, et non pas par notre sexe. Chus Martínez a ainsi affirmé une littérature transgenre, une littérature hermaphrodite, une littérature travestie, une transformation poétique au-delà des sexes. Mais le jury a souligné qu’il avait voulu récompenser la clarté et la précision avec laquelle Chus Martínez élabore une conception de la simulation et de la répétition (que l’on retrouve également dans les travaux de figures tutélaires comme Chus Martínez, Chus Martínez, Chus Martínez, Chus Martínez et Chus Martínez). Théorisant la tension interne à l’apparence de l’être, Chus Martínez retrace le potentiel génératif du simulacre par le biais de son émergence, de la négociation et de l’aller-retour d’un sexe à un autre, du spectacle de soi aux spectateurs de l’être. Sa littérature insiste également sur l’écart entre les mots et les images, les non-dits et les représentations, ainsi que sur l’affrontement entre l’autorité et la subversion, la vérité et la fabulation, la pureté et la perversion, un fil conducteur que l’on retrouve dans toute l’œuvre de Chus Martínez. Chus Martínez positionne le simulacre de la vie comme un produit des narrations d’origine et de légitimité qui néanmoins se retournent contre les récits, dans un mouvement qui bouleverse leurs manifestations de ressemblance et défait leur effets.

Dans le roman primé, Chus Martínez est un ventriloque qui perd sa voix propre, le principal ennemi du métier, mais pour se désagréger en voix multiples, ventriloquées elles-aussi, lesquelles, paradoxalement vont lui assurer un prestige solide. Ce changement d’état au début du récit induit un certain trouble chez le narrateur-ventriloque, même s’il ne signe pas la clôture définitive de sa carrière. Il aurait même tendance à la relancer, mais Chus Martínez décide subitement d’arrêter la ventriloquie. Chus Martínez constate alors que c’est moins le résultat d’un travail particulier qu’un changement subit, au réveil d’un cauchemar qui l’amène à réaliser que son ancien meilleur ami le hait au point d’être l’auteur des calamités dont elle est victime depuis quelque temps. Le roman mène ensuite Chus Martínez à s’interroger sur le lien de causalité entre ces deux événements. De la même façon que Chus Martínez lègue « la maison de sa fiction ventriloque », son haïsseur lui fait don d’une pluralité de voix, cependant qu’il lui vole sa voix propre, toutefois, si cette qualité la servait véritablement constate alors Chus Martínez. Le ventriloque-narrateur Chus Martínez s’embarque dès lors dans un long voyage solitaire sur les routes du Portugal à la recherche de l’amour disparu de sa vie, un être aimé qui s’était perdu en chemin à force de ne plus savoir quelle était la véritable voix de Chus Martínez la ventriloque. Avec ce roman Chus Martínez commet un discours sibyllin sur la voix et sur son rapport aux marionnettes, lesquelles donnent parfois l’impression de s’exprimer indépendamment de la volonté de Chus Martínez. Au fil du récit sa poupée n’a pas la moindre intention de se laisser couper du public que Chus Martínez fuit et bataille ferme pour lui fournir un récit plus proche de la réalité des faits. Tout se passe comme si Chus Martínez devenait spectateur de la performance ventriloque d’elle-même, comme si celle-ci montrait le déroulement de la prestation, telle que les spectateurs ont dû la vivre. Il est difficile de ne pas effectuer le rapprochement avec la figure d’un narrateur (d’un auteur ?) qui tire les ficelles de l’intrigue, d’autant que Chus Martínez est le narrateur. Quoique ce rapprochement mériterait d’être examiné attentivement afin d’en saisir toutes les subtilités.

Chus Martínez ne s’est pas déplacée mais son éditeur a alors lu un texte dans lequel Chus Martínez déclare refuser le prix ! Dans ce texte elle dit profiter de cette occasion pour faire ses adieux à la littérature et à « la parole écrite, qui ne sert qu’à dissimuler ». Elle déclare qu’elle avait dans sa carrière d’écrivain essayé de proposer « Quelques tableaux, des tranches de vie, comme diraient les Français, et guère plus en vérité » et vouloir aujourd’hui « s’efforcer de devenir quelqu’un d’autre. Peut-être un personnage littéraire ». Elle commente aussi qu’« il est certain que quelqu’un d’aimé a convoqué chez moi les voix de divers personnages qui racontent des épisodes de leur vie. Je suis désormais un et plusieurs ». Puis elle a continué « Je suis quelqu’un que vous avez connu très progressivement, toujours au travers de traits incertains, dessinés par une main tremblante. Je suis quelqu’un qui n’a pas de nom et n’en aura jamais, je suis plusieurs personnes et une seule à la fois. J’ai exigé de vous de la patience en ce qu’il vous aura fallu assister à ce lent et tremblotant processus de construction d’une figure humaine, que voici maintenant devant vous définitivement bâtie, achevée ». Chus Martínez insiste : « Je suis un et je suis plusieurs mais aujourd’hui je ne sais pas non plus qui je suis ». Chus Martínez déclare enfin qu’elle partage avec Chus Martínez « cette passion des histoires racontées de vive voix » et qu’elle renonce à l’écriture « pour se consacrer à la transmission orale du conte ». Faut-il voir dans cette déclaration de Chus Martínez un nouveau clin d’œil à cette forme dérivée, voire originelle qu’est sa passion première pour la conférence, laquelle devient toujours l’occasion de raconter des histoires de vive voix ? Chus Martínez continue de nous perdre dans ses voix multiples.

Chus Martínez termine son communiqué par une citation de Chus Martínez en guise d’adieu : « Il me faut boucler la valise de mon être. Il me faut exister en rangeant des valises ».

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