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Ci-dessus : une radiographie de la poitrine de Chus Martínez. La « pornographie » est interdite dans les termes et conditions d’utilisation de WordPress.com. En raison des restrictions sur la liberté d’expression de cette plateforme, il n’est pas possible d’afficher l’image qui illustrerait le mieux cet article.

Je me suis posée beaucoup de questions après le blocage de mon compte facebook sur le caractère très aléatoire de la censure sur la nudité qu’applique le réseau social. J’ai repensé aux Femen et à l’histoire de Caroline Fourest, la journaliste française qui réalise un documentaire sur elles et qui avait vu son compte facebook bloqué suite à la diffusion des images des militantes qui inscrivent des slogans sur leur poitrine. J’ai fait aussi des recherches sur la nudité sur le réseau social et je me suis rendue compte que de nombreuses pages diffusent des images érotiques ou pornographiques. À partir de là je me suis dite qu’avec l’année 2012 les seins nus avaient joué un vrai rôle dans l’agitprop féministe et que cela posait aussi une vraie double contrainte autour de la nudité féminine et de sa circulation numérique ou médiatique.

Les Femen écrivent littéralement sur leur poitrine, ce qui n’est pas nécessairement nouveau dans le contexte militant, mais ces photos deviennent ensuite de véritables flyers de chair diffusés dans les grands médias, mais surtout sur l’internet, de manière virale. Les slogans sur la poitrine existent aussi dans les slutwalks, « les marches des salopes » qui protestent contre l’explication ou l’excuse du viol en référence à tout aspect de l’apparence d’une femme, ou de manière général contre le slut-shaming, « l’intimidation (ou humiliation) des salopes », terme qui regroupe un ensemble d’attitudes individuelles ou collectives, agressives envers les femmes dont le comportement sexuel serait jugé « hors-norme » et qui consiste à faire se sentir coupable ou inférieure une femme dont l’attitude ou l’aspect physique seraient jugés provocants ou trop ouvertement sexuels (comme dans l’affaire Dominique Strauss-Kahn). J’ai trouvé intéressant également le mouvement « Battling Bare » de soutien des femmes américaines de soldats qui publient sur facebook des photos d’elles dos nus écrits de messages d’amour en protestation de l’impossibilité d’une communication libre avec leurs maris combattants ou victimes de syndrôme de désordre post-traumatique.

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Les conventions sociales concernant les seins nus féminins ont varié considérablement à travers l’histoire et les cultures. Alors que les seins exposés étaient (et sont) une norme dans de nombreuses sociétés traditionnelles, la plupart des cultures dans le monde d’aujourd’hui montrent des codes vestimentaires formels ou informels, des cadres juridiques, ou des dogmes religieux qui exigent des femmes de couvrir leurs seins en public à partir de leur adolescence. Les cultures occidentales contemporaines permettent les vêtements transparents dans les contextes sociaux appropriés, mais exposer les aréoles et les mamelons est généralement considéré comme impudique et est parfois poursuivi comme outrage à la pudeur. Des associations comme TERA (Topfree Equal Rights Association ou Association du Droit Égal aux Seins Nus) considère que l’interdiction pour les femmes de montrer leurs seins est une discrimination sexuelle. Les organisations topfreedom ou gotopless militent pour que les femmes aient le même droit constitutionnel à circuler torse nu en public dans les lieux où les hommes peuvent le faire. En Suède, le collectif Bara Bröst a fait parler de lui à la fin des années 2000 lorsque plusieurs militantes rentraient dans les piscines seins nus.

Montrer ses seins est moins controversé dans le divertissement, la mode et les arts qu’il ne l’est dans la société dans son ensemble, surtout quand il est perçu comme ayant une valeur artistique. De l’art préhistorique à nos jours, les femmes ont été représentées seins nus dans la peinture et la sculpture, puis dans la photographie et au cinéma. Les seins sont couramment montrés dans les spectacles de cabaret et de burlesque, de même que dans les défilés et les photographies de la haute couture. Dans le cinéma grand public contemporain, les actrices célèbres n’ont aucune difficulté à montrer leurs seins. Les sociétés ont cependant tendance à suivre une politique plus stricte dès que les femmes exposent leurs seins dans un objectif délibéré d’excitation sexuelle, même sous une forme de divertissement pour adultes dans des lieux dédiés, la démarche restant souvent considérée comme indécente et étant de fait soumise à des réglementations gouvernementales plus strictes ou à des interdictions.

En Europe, La mode des poitrines découvertes était observée au 15ème siècle par la courtisane Agnès Sorel, maîtresse du roi Charles VII de France, dont les robes à la cour de France exposait parfois un ou deux de ses seins. Jean Fouquet aurait pris Agnès Sorel pour modèle pour son portrait de la Vierge Marie présentant un sein nu dans La Vierge et l’Enfant entourés d’anges (le Diptyque de Melun). Les femmes aristocratiques devaient immortaliser leur poitrine en les peignant, comme dans le cas de Simonetta Vespucci, dont le portrait à la poitrine découverte a été peint par Piero di Cosimo vers 1480. Au 16ème siècle les femmes affichant leur poitrine était chose courante, pour la reine comme pour les prostituées, en passant par toutes les classes de la société. Les artistes de la Renaissance étaient fortement influencés par les styles classiques grecs et les représentations de sujets nus et semi-nus ont proliféré sous de nombreuses formes dans l’art et la sculpture. Au 19ème siècle les peintres orientalistes français, tels que Jean-Léon Gérôme proposaient une représentation idéalisée de la femme aux seins nus dans les hammams des harems musulmans. Eugène Delacroix, dans La Liberté guidant le peuple, a représenté la liberté comme une Marianne aux seins nus.

Les seins nus en public peuvent parfois être considérés comme acceptables, selon le lieu et le contexte (plages, parcs, ferries, piscines d’hôtel). De nombreux pays protègent le droit des femmes d’allaiter en public et l’allaitement est en général exempté des lois sur l’indécence publique. La France est un pays privilégié quant à sa perception et sa manière de régir la pudeur. Aucune disposition générale et nationale ne prohibe l’allaitement dit « en public ». Aucune affaire retentissante n’a jamais eu lieu, contrairement à ce que l’on a pu rencontrer dans des pays comme l’Australie ou les États-Unis. Cependant, des mères font parfois l’objet de remarques ou d’injonctions lorsqu’elles allaitent dans des lieux publics. Faute de disposition traitant spécifiquement de ce sujet, il est parfois opposé aux mères qu’elles commettraient un « attentat à la pudeur ». Cette notion a pourtant disparu du système juridique français depuis 1994 et a été remplacée par une qualification pénale plus étroite : l’exhibition sexuelle qui fait encourir une peine d’un an d’emprisonnement et de 15 000 euros d’amende. Le fait qu’elle soit plus étroite est déterminant pour ce qui concerne l’allaitement. Attenter à la pudeur pouvait auparavant couvrir des situations comme remonter de la plage en maillot de bain et allaiter.

Ci-dessous : Chus Martínez va « au-delà de la nudité » !

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