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trois_sorcieres_volantes

J’ai enfin terminé de transcrire ma discussion avec le Chus Martínez que j’ai rencontré à Bugarach. Je vous dis tout de suite que ça a été véritablement spécial pour moi de transcrire cet échange… J’ai même hésité à le publier… Mais bon, il faut que je comprenne vraiment ce qu’il s’est passé et j’ai absolument besoin d’avis extérieurs là-dessus…

Donc nous avions décidé de nous trouver un endroit tranquille sur la pente face au Pic. Sur le chemin nous avons parlé de choses et d’autres, pourquoi nous étions venus ici, Chus a continué à me faire des commentaires sur ce qu’il se passait dans la zone. Une fois assis il m’a proposé une pilule, du scopdex, une drogue d’astronaute. Je lui ai demandé si c’était fort, il m’a dit en rigolant que non, qu’ils ne pourraient pas travailler sinon. Je l’ai prise. Je ne me souviens pas comment nous avons engagé la conversation qui a suivi, je vous la révèle donc à partir de l’enregistrement.

– … parce que je n’ai pas bien compris quand tu parlais de Burroughs dans tes mails. Tu me parlais de magie sexuelle et de voyage spatial, ça a un rapport avec votre groupe ? C’est pour cela que vous êtes venus ici ? Avec toutes ces histoires délirantes de garage à ovnis ? Parce que de mon côté j’ai tout de même fait pas mal de recherches sur les mayas, notamment sur l’idéogramme de la terre soulevée, qui peut avoir un sens d’enlèvement… Et puis l’histoire de projection au-dessus de la Terre qu’on peut trouver dans le Codex de Dresde, ça renforce la théorie qui se raconte ici d’un passé marqué par l’aventure extraterrestre des hommes…

– Oui, bon, désolé, franchement, je t’ai parlé de ça parce que je cherchais à recruter aussi. Je ne sais pas quels sont tes objectifs mais c’est clair que nous nous cherchons surtout à être à l’intersection, à voir ce que nous pouvons tirer d’une telle concentration de personnes, c’est plutôt unique en son genre pour un pays comme la France…

– Donc c’était pas très sérieux, je me disais aussi, tes mails étaient plutôt bizarres, tu parlais aussi du satori de Kerouac, je me suis demandée…

– Oui, ok, satori oui, et c’est vrai que Burroughs parle de magie sexuelle pour mener au voyage spatial. Il parle aussi de rêves éveillés puissants, d’états hypnagogiques, de rêves lucides, de projection astrale, comme d’une route qui mène à l’espace, mais à mon avis de tels voyages imaginaires ne sont que des préparatifs. Bon… en même temps Burroughs ne dit pas le contraire… Il pensait que les états oniriques peuvent tous servir de moyen pour contacter des démons sexuels et que des contacts avec de tels êtres au cours d’états de rêve peuvent servir d’entraînement pour le voyage spatial.

– De quels démons il parlait ?

– Des incubes, des succubes si tu veux… mmmm… en fait tu sais… pour ton cheminement, Burroughs ne fait pas la promotion de l’androgynie, il est même plutôt pour la divergence entre les sexes, pour une évolution biologique distincte, pour des adaptations biologiques pour la vie future, de manière à devenir de véritables êtres conçus pour le voyage spatial…

– Je sais, il n’aimait pas le féminin, c’est le moins qu’on puisse dire, et puis avec toute la dope qu’il s’est mis dans la tête je crois qu’il se laissait un peu trop facilement aller à ses visions les plus délirantes, évidemment ça passait pas l’anus et la bite, par son lingam, mais il était con de ne pas s’intéresser plus aux archétypes du passé, ne serait-ce qu’au tantrisme…

– C’est vrai que l’âme universelle est androgyne dans le tantrisme…

– C’est ça, et la Kundalini est lovée dans le périnée et peut monter dans la colonne vertébrale… Et le Kaula apprend à contrôler ça…

– Burroughs il connaissait ça, mais il était tout de même américain tu sais, je ne sais pas s’il a creusé vraiment ce que raconte le tantrisme sur les démons sexuels… En tout cas pour lui ce sont des esprits familiers, un peu comme les familiers animaux ou élémentaux, leur évolution dépend de leur relation avec leur hôte humain.

– En gros, l’idée c’est de les baiser et ils vous font une faveur en retour…

– Oui, mais l’embêtant c’est qu’un incube ou une succube peuvent être de bons serviteurs mais de mauvais maîtres, et que des rencontres répétées avec des démons sexuels peuvent mener à une réduction des rapports sexuels physiques…

– Et bien tu vois, c’est ça qui me soule avec la magie occidentale actuelle, c’est qu’on sent toujours l’influence des positions antisexuelles d’organisations qui se réclament de la voie de la main droite. Ces gens-là sont tellement dévots envers leur vision du monde qu’ils ne font que parler de péché ou de karma cosmique ! Ils séparent l’âme, le corps et l’esprit, ils rejettent la sexualité à un niveau ou à un autre. Pourtant le tantrisme propose de ne pas renoncer à l’aspect animal de l’homme.

– C’est vrai que la voie de la main droite désigne le monde comme une pure illusion ou l’animalité de l’homme doit être combattu. La voie de la main gauche veut utiliser cette tendance humaine.

– Oui, et c’est la voie par excellence pour le cycle présent du Kaliyuga. Et la voie de la main gauche encourage à explorer les désirs, les passions et les émotions.

– Oui… mais franchement, dans la magie occidentale, qui représente la voie de la main gauche ? Crowley ? La chaos magick ? Franchement je trouve ça trop volontairement sulfureux, ou trop esthétisant et provocateur…

– … et ils ne proposent pas des tonnes d’options pour les gays qui veulent se lancer dans les pratiques occultes, elles sont souvent basées du point de vue hétéro et ils trouvent plein d’arguments contre la validité spirituelle des rites homosexuels, que ce soit la Wicca, Thelema… Même Crowley n’était pas clair là-dessus… Il n’y a que chez Michael Bertiaux que j’ai trouvé des cours spéciaux sur la pratique magique pour gays.

– Ça nous ramène à Burroughs, son rapport orgasme-mort, aux rituels de strangulation pour l’érection…

– Ben oui, tu vois, c’est pour ça que nous sommes intéressés par les rites mayas et leurs initiations chamaniques pour les jours qui viennent. Tu vois, c’est assez génial, ils pratiquaient des rites dans des orgies de danse et de sexe pour le dieu maya de la sexualité, ils pratiquaient la strangulation pour des érections rapides et fortes, la klysmaphilie, les lavements du colon avec des drogues ou de l’alcool qui les amenaient vers l’ivresse ou des états hallucinatoires, ça allait même jusqu’à l’autosacrifice pénien parfois…

– Mmmm… je pense que ce ne sont pas des motivations hédonistes très saines… Ceci dit, la douleur et la contrainte sont des moyens courants d’induire un état modifié de conscience, qu’on retrouve dans les cultures chamaniques… Et puis les parties inférieures du corps, l’anus ou le vagin, sont le meilleur endroit pour assimiler rapidement des drogues. Tu connais certainement l’histoire du balai des sorcières ?

– Euh, oui, un peu…

– Ben comme cela je peux revenir sur le vol spatial… (rires)… La pratique courante était qu’elles s’appliquaient un onguent de vol sur leur corps. Mais ce n’était pas une pratique nouvelle au Moyen-Âge, j’ai fait des recherches, on retrouve ça dans les métamorphoses d’Ovide où il parle des femmes Scythes qui utilisaient des baumes pour se transformer en oiseaux. Mais le plus intéressant est que les effets des psychoactifs étaient plus intenses si l’onguent était introduit dans le vagin, appliqué sur ses membranes, au moyen d’un bâton ou d’un manche à balai qu’il suffisait de chevaucher…

– C’est génial cette histoire…

– Et puis il y a des récits d’avant l’inquisition qui parlent de rapports sexuels avec le diable et de son pénis froid et douloureux… Donc tu vois, la méthode d’administration d’onguents par voie vaginale était pratiquée par les sorcières, et on peut penser que celle par voie anale devait l’être aussi, peut-être chez les bogomiles ou les cathares de la région ici…

– Les plantes c’était quoi ? De la datura ? Mandragore ?

– Oui datura, et aussi la trinité infernale des herbes saturniennes, la jusquiame, la belladone et la mandragore. D’ailleurs la drogue que je t’ai donné contient de la scopolamine, le principe actif de certaines de ces plantes. Combiné avec de la dexedrine.

– Me cago en dios ! J’espère que la dose est pas trop forte !

– Hehe, tu vas voir ! Bref, tu as compris. Ceci dit, ce n’est pas une découverte récente.

– Hombre, tu m’as bien droguée en fait…

– D’accord, mais bon, attention, je ne fais jamais ça, et là on est dans une circonstance exceptionnelle einh ?!

– …

– … et puis il n’y a pas que par la pratique sexuelle qu’on peut s’envoyer en l’air ! Tu sais moi en ce moment je me pense plutôt dans une sainteté hédoniste… (silence) …et puis… si on repense au mythe des incubes et succubes, je me dis qu’il n’existe que pour nous faire prendre conscience d’une possibilité d’une prise de pouvoir du mental, d’une invasion qui peut gravement nous perturber…

– (silence)… ça me fait penser à Stanislas de Guaïta, tu connais ? Le poète qui avait créé avec Péladan l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix.

– Oui, ces choses-là étaient très en vogue au 19ème, plein d’artistes s’y sont intéressés, même le fameux abbé Saunière de Rennes-le-Château a adhéré à l’ordre suivant monté par Péladan, l’Ordre de la Rose-Croix Catholique et esthétique du Temple et du Graal. Un nom comme ça ça veut tout et rien dire ! Mais faut dire que c’était de bons drogués, Guaïta en est mort assez jeune, et Péladan avait la tête bien vrillée aussi, il était bien chrétien, mais bien confusionniste aussi, c’était un peu la tendance de l’époque, les paysages baroques de l’imaginaire et des mythes, même Hugo s’est bien laissé aller là-dedans, souvent c’était imprécis, il y avait tellement d’encyclopédies farfelues publiées… Ça faisait une bonne matière pour les poètes bavards…

– Oui, Péladan organisait des réunions symbolistes dans son appartement de l’Avenue Trudaine à Pigalle, cela devait être bien délirant, on y testait les nouvelles drogues comme la cocaïne, ou l’héroïne qui venait d’être synthétisée… Et puis c’est la naissance du burlesque, avec les cabarets comme le Divan japonais, le Moulin Rouge ou le Chat noir ! Pour moi cela devait être une époque fabuleuse !

– Ok je veux bien te concéder cela, mais je reste assez sceptique sur le côté charlatan de Péladan et Guaïta, c’est trop esthétisant, pas de la vraie magie à mon avis…

– Ah oui… J’aime bien Guaïta tout de même, il disait que l’incube et le succube sont deux formes spectrales d’un seul hermaphrodite dont la prédominance oscille…

– Tu vois, il disait un peu n’importe quoi, il voulait rendre baroque ces vieux démons de la chrétienté…

– Bon, bon, moi je crois qu’il y a tout de même quelque chose derrière cela, je te le dis, la pensée obsessionnelle, la solitude, l’idée fixe, créent ou attirent en réalité ces larves dont le but est de te soutirer ton énergie orgonique. Chus, si tu ne retrouves pas ta dualité féminine ça peut finir par te rendre dingue…

– En ce qui me concerne je reste fidèle en premier lieu à l’union sexuelle entre deux personnes, une union où l’un devient l’autre, où tout est magie, ou tout est possible. Tu n’as pas remarqué qu’une aura de bonheur entoure deux personnes qui s’aiment, ils avancent côte à côte et procurent la joie aux autres. Et cette association magique, n’a rien de commun avec une étreinte courante, les effets sont d’ailleurs immédiatement perceptibles au couple. Tout se passe comme si au lieu de se fatiguer, les amants se sentent inondés d’une force nouvelle qui dynamise au lieu d’épuiser. Mais ça provoque des jalousies… Certaines personnes ayant corrompu leur capacité à rêver éveillé s’acharnent à transformer l’existence des passionnés en cauchemars…

– Oui, c’est vrai que l’on dit qu’un couple qui touche à l’amour magique peut parvenir à faire des rêves communs, à générer des sons inexplicables, voir même des impulsions d’objets à distance… Mais Chus, tu sais bien que dans l’amour magique, après l’extase du début, les démons, les djinns, redoublent d’activité pour faire capoter la relation…

– Oui… mais je reste fidèle à Agape, au véritable amour, je t’aime pour toi, non pour moi, non pour te posséder, mais pour rendre libre. Va vers toi-même, je sais que je peux te perdre, mais qu’importe, je t’aime. Je suis là et te laisse la liberté de ne pas m’aimer.

– Tu es mignon quand tu dis cela… Allez, approche-toi… Je sens que cela vient…

***

Ensuite Chus et moi sommes descendus… ou envolés… Je ne sais plus… C’était vraiment psychédélique… Enfin ce n’est pas le mot… C’était terrifiant ces playmobils des forces noires… Et puis ensuite je ne me souviens de rien… J’ai repris mes esprits le 22 au corps de ferme… Au milieu de corps entassés, de bouteilles vides, de cordes, de clystères… Et dans une affreuse odeur de gerbe, de sperme, de merde et de pisse…

Et je ne vous ai pas dit le pire… Je n’avais pas réécouté cette discussion avant de la transcrire… Sur l’enregistrement il n’y avait qu’une seule et unique voix….

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