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Isitnormal

Hola chicas. Bueno, il faut que je vous dise que je suis finalement allée au rendez-vous avec l’éducateur toxicomanie… Je me suis quand même dit qu’il fallait que je prenne de bonnes résolutions pour cette année… Surtout avec ce qui s’annonce… Et puis j’avais lu sur un forum que la grossesse peut être un catalyseur de changement ou une fenêtre d’opportunité pour arrêter de se droguer, ou en tout cas réduire sa consommation de drogues. J’en ai parlé à Laurent, l’éducateur (il s’appelle Laurent), et il m’a tout de suite dit que beaucoup de femmes (il ne sait toujours pas pour mon sexe) qui tentent de réduire leur consommation ou d’arrêter les drogues pendant la grossesse n’y arrivent pas. Il m’a aussi dit qu’un arrêt soudain de la consommation excessive d’alcool est potentiellement dangereux pour la femme (delirium tremens et arrêt du cœur) et peut causer une détresse fœtale. Il m’a dit de ne pas arrêter de boire brutalement mais de consulter un médecin généraliste dès que possible, que le sevrage alcool nécessite une surveillance étroite sous supervision médicale spécialisée en collaboration avec un obstétricien et un spécialiste de l’alcool et qu’elle a normalement lieu en milieu hospitalier.

Laurent s’est levé et m’a proposé un café. Pendant qu’il le préparait, j’ai sorti un carnet et on a continué sur la question des médicaments du sevrage alcool (normalement des benzodiazépines ou du chlordiazépoxide). Il m’a dit que c’était préférable au sevrage incontrôlé ou à la poursuite d’une forte consommation d’alcool pendant la grossesse. Je lui ai parlé du disulfirame que j’avais déjà essayé et il m’a dit de faire attention parce qu’il est contre-indiqué chez la femme enceinte en raison du risque potentiel d’effets tératogènes. (En rentrant j’ai cherché le mot tératogène, ça vient du grec et ça veut dire « création de monstres », donc en gros ça parle de malformations congénitales…) Il a aussi bien insisté que les effets de l’alcool sont associés à des carences alimentaires et qu’il fallait que j’ai une alimentation équilibrée et une supplémentation en vitamines. Il m’a proposé de prendre rendez-vous pour mesurer mon taux de prothrombine, mais je lui ai dit que je voulais réfléchir avant de faire des examens. J’ai pas su lui dire que j’étais pas une femme, je sais pas trop comment faire…

Laurent a servi le café et m’a proposé des biscuits. J’en ai pris un et je lui ai ensuite demandé si on pouvait fumer dans son bureau. Il m’a dit que normalement non, évidemment, que c’était contre la logique, mais que lui le faisait et qu’il allait ouvrir la fenêtre. Je l’ai regardé faire et je me suis dis que c’était quand même un beau mec ce type. J’ai allumé ma clope et on s’est mis à parler de la came. Il m’a tout de suite dit que je n’étais pas obligée de prendre un engagement à réduire ou à arrêter la méthadone, que ce qui était important était que j’arrive à stabiliser ma consommation. Le but est de minimiser les risques pour moi et le bébé il a souligné, non seulement pendant la grossesse et la période néonatale, mais, idéalement, sur le long terme. Au fil de la discussion, il m’a même dit qu’il pouvait peut-être être nécessaire d’augmenter la dose de méthadone pour atteindre la stabilité de manière à ne plus consommer de came de rue. J’ai pas tout bien compris mais il m’a dit que les concentrations plasmatiques de la méthadone diminuent avec la gestation, en particulier dans le troisième trimestre, que cela peut être dû à l’accroissement de l’espace fluide et à un large réservoir de tissu, ainsi qu’à l’altération du métabolisme de la drogue par le placenta et le fœtus. Ce que j’en ai retenu est que l’abaissement de la dose pour éviter des complications peut donc être inapproprié car j’aurai peut-être besoin en réalité d’une augmentation de la dose pendant la gestation. Il m’a aussi suggéré de fractionner mes prises pour réduire les différences pic-creux dans les concentrations sanguines et ainsi minimiser les effets d’intoxication et de sevrage. En gros je dois essayer de diviser ma dose quotidienne afin de surmonter la nécessité d’une augmentation.

L’autre option peut aussi être de réduire ma consommation pendant la grossesse, mais de manière progressive, par étapes. Je lui ai dit que j’avais entendu parler des possibilités de manque de mon bébé. Il m’a expliqué que ça s’appelait le syndrome de sevrage néonatal mais que la relation entre la dose de méthadone et la gravité des sevrages n’est pas clairement établie.

On a marqué une pause, je lui ai demandé un verre d’eau, il y a eu comme un silence un peu pesant, et puis là je lui ai annoncé que je prends aussi des anxio. Alors comme je prends ça et de la came aussi, il m’a conseillé d’essayer de réduire les anxiolytiques en premier. Il m’a expliqué que c’était des benzodiazépines et encouragé de prendre plutôt du Valium car l’effet dure plus longtemps que d’autres benzodiazépines. Alors j’ai noté les dosages et en gros le Valium doit être prescrit à un maximum de 30 mg par jour, réduit tous les quinze jours ou tous les mois de 2 à 5 mg, et la méthadone peut être réduite sur une base hebdomadaire ou bimensuelle de 2,5 à 5 ml. La dihydrocodéine peut également être prescrite sous forme de comprimés allant jusqu’à 30 mg 15 fois par jour, en réduisant d’un comprimé chaque semaine pendant 15 semaines.

Il m’a dit qu’il allait falloir qu’on se voit régulièrement parce que la stabilité de ma consommation doit être réévaluée à chaque étape de la réduction et avant toute poursuite. Et il m’a rassuré en me disant que si j’étais pas encore au début du deuxième trimestre je pouvais parvenir à l’abstinence avant l’accouchement.

Pero cuidado eh… attention aux rechutes et à leurs conséquences… Et puis comme je lui ai dit que je savais pas encore trop à quel moment j’étais tombé enceinte, que j’avais pas encore été faire de tests en France, il a bien insisté que le sevrage opiacé peut être envisagé à n’importe quel moment de la grossesse, mais qu’il est normalement recommandé pendant le deuxième trimestre, afin d’éviter tout risque de fausse couche au premier trimestre et de travail prématuré au troisième trimestre. Je suis contente parce qu’apparemment le sevrage opiacé est rarement mortel lorsqu’il est réalisé hors cadre médical, comme ça m’arrange de pas trop aller chez les médecins pour le moment. En plus le sevrage est plus court que le sevrage à l’alcool ou aux benzodiazépines, mais bon, apparemment il peut être très désagréable et le taux de rechute est élevé…

On a continué à parler des anxiolytiques et là il m’a fait remarquer que je mangeais grave mon stylo depuis un moment… que je devais faire super gaffe au sevrage rapide des benzodiazépines car il peut conduire à des convulsions et à un état de détresse fœtale. Il m’a fait flipper… Surtout quand il m’a annoncé qu’une cure de désintoxication aux opiacés comme aux benzodiazépines devrait être similaire à une cure de désintoxication de l’alcool et qu’une admission à l’hôpital ou en résidence est nécessaire pour superviser un sevrage progressif et surveiller le fœtus. Joder, l’hôpital… Et alors quand il a parlé des risques associés à la rechute, des overdoses… je me suis dit merde, je vais pas y arriver… Bref, il m’a laissé toute sa doc et son numéro, m’a dit que je pouvais l’appeler quand je veux, de réfléchir, mais qu’il fallait que je sois convaincue que d’aller vers le sevrage était la bonne solution pour moi pendant la grossesse… Bueno, comment je vais faire… Parce que tout ça c’est dans le cas où je serai une femme, mais alors dans ma situation, comment je vais lui expliquer… Ça risque de faire de moi un cas médical particulier… Si je vais à l’hôpital je vais me retrouver avec tous les spécialistes sur le dos… Putain la publicité… C’est pas terrible ça… Ou peut-être je peux en faire un projet artistique… Genre comme l’histoire de la Nikki que me racontait Paul avant-hier… Faut que je réfléchisse…

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