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Quelqu’un m’a dit ce soir que ce que je postais était kitsch ! Mais plutôt péjorativement ! Hostia ça m’a énervée ! Alors je lui ai proposé d’en parler dans une séance plus intime, histoire de lui montrer que je suis pas une idiote, que je sais très bien ce que je fais ! Donc concernant le kitsch, je vous fais la synthèse de mes recherches ! Voilà !

Le kitsch est un terme qui réfère à une copie inférieure et insipide d’un style d’art existant, ou à une imitation sans valeur d’une œuvre d’art ayant une valeur reconnue. Le concept est associé à l’utilisation délibérée d’éléments qui peuvent être considérés comme des icônes de la culture, de même qu’à la fabrication en série d’objets de mauvaises qualités et sans originalité. Le kitsch fait également référence aux types d’art qui sont esthétiquement faibles (qu’ils soient de l’ordre du sentimental, du glamour, du théâtral, ou du domaine des « créatifs ») et dont les gestes de création se bornent à l’imitation des apparences de l’art à travers des conventions et des formules répétées. Un sentimentalisme excessif est souvent associé au terme.

La définition contemporaine considère le kitsch comme péjoratif, désignant des travaux exécutés pour se plier à la demande populaire et à des fins purement commerciales plutôt que des œuvres résultant de l’expression de soi par un artiste. Le terme est généralement réservé à des œuvres sans consistance et tape-à-l’oeil qui sont calculées pour attirer le goût populaire et qui sont considérées comme prétentieuses et sans profondeur et ne nécessitant aucun véritable effort artistique.

À l’origine le concept du kitsch était appliqué aux œuvres d’art du 19ème siècle dont l’esthétique véhiculait un sentimentalisme exagéré et un esprit mélodramatique, ce qui a rendu l’art kitsch étroitement associé à l’art sentimental. Le kitsch trouve ses origines dans les marchés de l’art de Munich dans les années 1860-1870 pour décrire les photos et dessins populaires bon marché. Dans le Das Buch vom Kitsch (Le Livre du Kitsch), Hans Reimann le définit comme une expression professionnelle « née dans un atelier de peintre ». L’écrivain Edward Koelwel rejette l’hypothèse que le kitsch dérive du mot anglais sketch, en notant comment le croquis n’était pas alors en vogue, et en précisant que les images kitsch étaient bien exécutées, des tableaux achevés plutôt que des esquisses.

Le kitsch plaisait aux goûts grossiers de la nouvelle bourgeoisie fortunée de Munich qui pensait pouvoir obtenir le statut de la classe traditionnelle des élites culturelles qu’elle enviait, en singeant, mais maladroitement, les caractéristiques les plus apparentes de leurs habitudes culturelles. Le kitsch qualifia ainsi les objets esthétiquement pauvres et à la production de mauvaise qualité, plus conçus pour que le consommateur puisse s’identifier à un statut de classe nouvellement acquis, qu’invoquant une véritable réponse esthétique. Le kitsch a été considéré comme moralement douteux et comme ayant sacrifié la vie esthétique à son pantomime, ayant souvent pour but, mais pas toujours, de faire remarquer le statut de classe d’une personne.

Emmanuel Kant a grandement contribué à la définition philosophique de l’art, établissant des valeurs qui pouvaient ainsi être utilisées pour identifier le kitsch. Kant décrit l’appel direct aux sens comme « barbare » et une grande partie de la critique anti-kitsch est fondée sur sa philosophie de l’esthétique, même si elle ne parvient pas à reconnaître cette dette. Il faut donc garder à l’esprit l’influence énorme de Kant sur le concept de « beaux-arts » tel qu’il a vu le jour dans la seconde moitié du 18ème siècle. Le « sentimentalisme » ou le « pathos », qui sont les traits qui définissent le kitsch, ne trouvent pas leur place au sein de son système qui considère que le sentiment esthétique est indifférent à l’existence de son objet. Kant identifiait également le génie à l’originalité. On pourrait dire qu’il rejetait implicitement le kitsch, le sentimentalisme et le manque d’originalité étant les principales accusations portées contre lui.

Lorsque l’originalité seule est utilisée pour déterminer le génie artistique, cela peut devenir problématique lorsque l’art de certaines périodes est examiné. A l’époque baroque, par exemple, un peintre pouvait être salué pour sa capacité à imiter les autres maîtres. Influencé par l’esthétique de Kant, tous les travaux montrant des aspects émotionnels, « non-modernes » ou relevant d’archétypes furent mentionnés comme kitsch à partir de la seconde moitié du 19ème siècle. Le kitsch est donc synonyme de « faux ».

Le terme kitsch a été popularisé dans les années 1930 par les théoriciens de l’art Théodore Adorno, Hermann Broch, et Clement Greenberg, qui ont cherché à opposer avant-garde et kitsch. Le monde de l’art de cet époque perçut l’immense popularité du kitsch comme une menace à la culture. Les arguments des trois théoriciens se basaient sur une définition implicite du kitsch comme sorte de fausse conscience, un état d’esprit qui se laisser berner par ses propres désirs et envies.

Adorno associa le kitsch à ce qu’il appelait « l’industrie culturelle », où l’art est contrôlé et formulé par les besoins du marché et donné à une population passive qui l’accepte – ce qui est commercialisé est un art qui n’est pas difficile et formellement incohérent, mais qui remplit son objectif de donner au public du loisir et quelque chose à voir ou à observer. Il aide à servir l’oppression de la population en les distrayant de leur aliénation sociale. Pour Adorno, l’art est au contraire censé être subjectif, difficile, et orienté contre l’oppression de la structure de pouvoir. Il a affirmé que le kitsch est une parodie de la catharsis et une parodie de l’expérience esthétique.

Broch considérait le kitsch comme « le mal dans le système de valeurs de l’art », ce qui signifie que si l’art véritable est « bon », le kitsch est « mauvais ». Alors que l’art était créatif, Broch jugeait que le kitsch pillait la création artistique par l’adoption de formules qui cherchaient à l’imiter, en se limitant aux conventions et impliquant un totalitarisme de ces conventions reconnaissables. Broch accusait le kitsch de ne pas participer au développement de l’art, ayant sa raison d’être dirigée vers le passé, et Greenberg évoquait également son imitation des cultures passées. Pour Broch, le kitsch n’était pas identique à l’art mauvais, il formait un système qui lui était propre. Il expliquait que le kitsch consistait à essayer d’atteindre la « beauté » au lieu de la « vérité » et que toute tentative de faire quelque chose de « beau » ne pouvait conduire qu’au kitsch.

Greenberg défendait des vues analogues à Broch sur la dichotomie entre beauté et vérité, estimant que le style avant-gardiste était né dans le but de défendre les normes esthétiques du déclin du goût qu’impliquait la société de consommation et que le kitsch et l’art étaient opposés, ce qu’il souligna dans son essai « Avant-garde et kitsch » paru dans la Partisan Review en 1939.

L’art académique du 19ème siècle est la plupart du temps considéré comme kitsch, bien que ce point de vue ait été attaqué par les critiques d’art contemporain. Broch a fait valoir que la genèse du kitsch était dans le romantisme, qui n’était pas lui-même kitsch, mais qui avait ouvert la voie pour le goût kitsch en insistant sur la nécessité d’œuvres d’art expressives et suggestives.

L’avant-garde a réagi à ces évolutions en se séparant de certains aspects de l’art qui étaient largement appréciés, tels que la représentation picturale et l’harmonie, afin de prendre position pour l’importance de l’esthétique. De nombreux critiques contemporains ont essayé de ne pas classer l’art académique du côté du kitsch et de la dichotomie art-ou-kitsch, tout en reconnaissant son rôle historique dans la genèse des deux, l’avant-garde et le kitsch.

Avec l’émergence du postmodernisme dans les années 1980, les frontières entre le kitsch et le grand art sont devenues floues. Un développement a été l’émergence de ce qu’on appelle le style « camp ». La culture camp s’est manifestée comme une culture anti-académique et populaire dans les années 1960 et a gagné en popularité dans les années 1980 avec l’adoption diffuse des vues postmodernes dans l’art et la culture. Le camp, dans certains milieux, se réfère à une appréciation ironique de ce qui pourrait autrement être considéré comme ringard, comme par exemple la chanteuse et danseuse Carmen Miranda avec ses chapeaux tutti-frutti, ou kitsch, comme les manifestations ou créations culturelles populaires particulièrement datées ou trop sérieuses pour ce qu’elles sont, tels que les films de science-fiction à petit budget des années 1950 et 1960.

Le concept de camp est étroitement lié au kitsch et les choses relevant du style sont généralement qualifiées de « campy » ou « cheesy ». Le terme camp est associé à l’ostentation, l’exagération, l’affectation, la théâtralité et à un comportement « efféminé ». À partir du milieu des années 1970, cependant, la définition a aussi commencé à intégrer la banalité, l’artificialité, la médiocrité, et l’ostentation si extrême qu’elle exerce un attrait perversement sophistiqué. Le cinéma camp a été popularisé par des cinéastes comme George et Mike Kuchar, Andy Warhol et John Waters, principalement par Pink Flamingos et Hairspray de ce dernier. Les célébrités associées à la culture camp incluent les drag queens comme Dame Edna Everage, Divine, RuPaul et Liberace.

Un exemple du monde de la peinture serait une image kitsch d’un cerf au bord d’un lac. Afin de rendre cette image « camp », on pourrait y peindre une pancarte disant : « Baignade interdite ». L’impression majestueuse et romantique que donne l’animal iconique est renversée par l’humour, la notion d’un animal pouvant recevoir une punition pour la violation d’une règle étant manifestement ridicule. L’original, avec la neutralisation du sentimentalisme sérieux du motif, devient « camp ».

Susan Sontag a fait valoir dans son article de 1964, Notes on « Camp », que le camp représentait un attachement aux qualités humaines qui s’exprimaient dans des « échecs de tentatives de sérieux », dans des tentatives d’atteindre un style particulier et unique. Les partisans de la ligne dure de la culture camp ont longtemps insisté sur le fait que « le camp est un mensonge qui ose dire la vérité ».

Une grande partie du pop art a tenté d’incorporer les images de la culture populaire et du kitsch. Ces artistes s’efforçaient de maintenir leur légitimité en disant qu’ils « citaient » des images pour faire des points conceptuels, l’appropriation étant généralement ironique. Malgré les difficultés à définir les frontières entre le kitsch et les beaux-arts depuis le début du postmodernisme, le mot « kitsch » reste d’usage courant pour étiquetter quelque chose comme étant considéré comme de mauvais goût.

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