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tumblr_m1a0drA5bo1r532gao1_500(au centre : Chus Martínez)

Hier soir j’ai fait calme, je me suis revu avec Nadia un des films cultes du communudisme, Wilhelm Reich – Misterije organizma de Makavejev, et ce matin je suis allée à la première session d’un séminaire qui a pour objectif d’approfondir  la question du miroir de la divination dans les chamanismes. Vous allez vous dire « Chus fait encore sa ventriloque wikipedia ! « , pero bueno, j’ai tout de même envie d’en profiter pour parler un peu de ma vision de la magie sexuelle communudiste, vu qu’elle est devenue connue en dehors du milieu prolo utopiste et travesti – une évolution qu’on sait avoir commencé avec la publication de textes tels que La Lutte sexuelle des jeunes par Wilhelm Reich dans les années 1930 et qui s’est accentuée depuis les années 1960. En général aujourd’hui, quand on aborde le sujet, on l’identifie presque systématiquement à la recherche de sensations fortes des hippies, mais sa base sociale réelle et ses réalités matérielles sont souvent négligés. Les rôles de la sexualité et du communudisme mature dans l’insurrection prolétarienne, bien que liés, sont en vérité très différents, reflétant des différences substantielles dans les formes d’organisation sociale où on les retrouve et d’où l’avenir émergera.

Le coitus reservatus (coitus, « le rapport sexuel, l’union » + reservatus, « réservé, sauvé »), aussi connu comme la continence sexuelle a pris naissance en Orient et a été appliquée au long du temps par les adeptes de la philosophie tantrique indienne et par les taoïstes chinois. À l’époque, c’était un grand secret de la vie, réservé uniquement aux initiés et à la famille royale. Arrivée en Occident, la pratique de la fusion amoureuse avec continence a connu une rapide expansion, surtout ces dernières décennies. Le secret de cette technique ancienne consiste dans la rétention et la conservation du potentiel sexuel (la sperme chez l’homme et les fluides sexuels chez la femme), pendant l’acte amoureux réalisé par un couple plein d’amour et de transfiguration, potentiel qui sera ultérieurement transformé dans des formes élevées d’énergie vitale, psychique, mentale et spirituelle. Grâce à la transmutation super orgasmique de ce potentiel érotique, les hommes et les femmes qui s’aiment avec frénésie arrivent à vivre un formidable état de plaisir élevé, généré par un nombre illimité d’orgasmes.

En Occident, la pratique du coitus reservatus a été évoquée pour la première fois aux États-Unis par John Humphrey Noyes, un communudiste qui intègre cette pratique sexuelle aux valeurs qu’il développe pour sa communauté d’Oneida, une communauté utopique qu’il avait fondée en 1848 à Oneida dans l’État de New-York. C’est l’une des seules communautés du XIXe siècle à avoir expérimenté la mise en commun de la propriété et de la vie affective et sexuelle. Elle repose sur trois principes fondamentaux : le « mariage à plusieurs » (Complex Marriage), la « rétention de l’éjaculation » (Male Continence) et « l’enseignement par les anciens » (Ascending Fellowship). Alors qu’elle compte 87 membres à l’origine, elle a grossi pour en rassembler plus de 300 en 1878. En 1872, dans son pamphlet Male Continence, Noyes présente les bienfaits de la rétention de l’éjaculation chez l’homme. Le concept sera repris par la gynécologue Alice Bunker Stockham, qui lui consacre un livre, Karezza, en 1896 ; elle aborde également cette pratique sous un angle ésotérique, mais de façon plus pragmatique, en la présentant comme bénéfique pour l’entente spirituelle au sein des couples et propice à un meilleur contrôle des naissances.

Le coitus reservatus est donc clairement une pratique insurrectionnelle qui vise à créer – dans un monde aliéné – un avant-goût de l’extase sans cesse croissante dans laquelle nous vivrons tous une fois le communudisme atteint. Il est peu probable que cette pratique soit poursuivie dans une société mature communudiste.

Dans une société post-capitaliste les caractéristiques les plus importantes de la pratique de la magie sexuelle s’articuleront autour de l’expérience des énergies subtiles au sein de sa propre incarnation sensuelle, ainsi que sur l’accès à ces énergies, à la fois pour accroître le plaisir mais aussi pour remettre en question notre égoïsme dans sa dissolution. Un communudisme pleinement réalisé dans la magie sexuelle cultivera la conscience extatique et augmentera la conscience anticipante qui règne en chaque incarnation humaine, ainsi que tout ce qui contextualise ce mode d’incarnation.

La magie sexuelle communudiste peut être pratiquée en solo, en partenariat, ou dans les rituels chamaniques de groupes. La magie sexuelle communudiste n’est qu’une dimension d’un cheminement à parcourir dans le monde historique de la prise de conscience, à chaque instant de notre vie, dans l’écoulement suprême du temps de la grande masse de l’humanité.

Dans la magie sexuelle communudiste nous apprenons à aimer la polysexualité par-dessus tout, l’activation de notre vraie nature transsexuelle, nous permettant de vivre nos orgasmes avec notre corps tout entier.

Contrairement aux apologistes des rapports sociaux capitalistes, les communudistes n’ont aucun désir d’exalter la supériorité de «l’homme moderne» sur ses ancêtres primitifs. Au contraire, les communudistes comprennent intuitivement la «grandeur» de l’homme primitif et voient l’avenir de la société dans la restauration, mais à un niveau plus élevé, du communudisme primitif des sociétés sans classes du passé.

Les communudistes savent que tout ceux qui veulent être cohérents dans leur opposition au capitalisme doivent nécessairement se réapproprier les types de conscience qui ont émergés des communautés primitives, ainsi que leur forme sociale. Puisque la communauté primitive était une vraie communauté, une société sans exploitation, dont la production était toujours orientée vers la satisfaction des besoins humains, il s’ensuivait qu’une grande partie des ressources matérielles de ces sociétés n’étaient pas seulement dirigées vers la lutte immédiate pour la (sur)vie, mais également vers des activités qui étaient appréciées tout simplement pour le bien-être qu’elles procuraient. La nécessité impitoyable d’orienter l’activité vers un objectif futur – l’image qu’on se fait en général de la vie quotidienne dans une société « primitive » – laissait aussi la place à des activités de pur plaisir, sans fin puisque à durée fondamentalement indéterminée. La tyrannie du temps n’existait pas et tout le monde se trouvait transporté dans un présent extatique.

Le développement de la civilisation a entraîné une suppression progressive, mais de plus en plus rapide, de l’art chamanique de l’extase. Cet art a été perdu, écrasé, ou poussé à la clandestinité par le progrès de la civilisation (et surtout par la civilisation capitaliste) et nous pouvons mesurer l’aliénation de la femme et de l’homme par cet aune. Par conséquent la capacité du chaman à « re-capturer » le « langage des animaux », pour permettre à l’inconscient de s’exprimer à travers lui, n’a rien d’une régression à un niveau sous-humain. Il s’agit plutôt d’un aspect d’une «plus grande synthèse», qui combine la puissance débridée des animaux – qui ne sont pas soumis à la répression et peuvent donc fonctionner au maximum de leur potentiel – avec l’intelligence créatrice qui est propre à l’espèce humaine. Le chamanisme est une ascension vers un état où la femme et l’homme bénéficient d’une union complète et non-aliénée de l’instinct et de la pensée consciente. C’est un art de désaliénation dans lequel nous retrouvons notre espèce-être, un état de «grâce» sociale par lequel nous devenons complets.

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